Labiche

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 37 (9121 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 28 décembre 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
LES 37 SOUS DE M. MONTAUDOIN
Eugène Labiche
PERSONNAGES:
Montaudoin - Pénuri -  Isidore -  Lemartois, notaire - Madame Nisida Montaudoin - Fernande, sa fille Joséphine, bonne  - Invités des deux sexes
La scène se passe à Paris, chez Montaudoin.

Scène premièreUn salon. Portes au fond, portes latérales ; cheminée à droite, avec garniture ; glace à gauche, table, fauteuils, canapés ; petitmeuble au fond, à gauche.
Madame Montaudoin, Fernande, Joséphine
Joséphine, devant la glace, à gauche.
Ah !… Mademoiselle est jolie comme un cœur !
Fernande.
Merci, Joséphine !… Maman, où donc est papa ?
Madame Montaudoin.
Montaudoin est à sa toilette.
Fernande.
Il faut lui dire de se dépêcher.
Madame Montaudoin, près de la cheminée.
Oh ! il n’est pas en retard… ton contrat est pourmidi, et il n’est qu’onze heures. (S’attendrissant.) Dans une heure, je n’aurai plus de fille !
Fernande.
Oh ! maman, vous allez pleurer… aujourd’hui !
Madame Montaudoin.
Non… j’aurai du courage… Une chose me soutient, c’est que M. Isidore, ton prétendu, est dans une bonne position.
Fernande.
Je crois bien ! caissier chez un gros commerçant de la rue du Sentier… deux mille quatre cents francsd’appointements.
Joséphine.
Et le déjeuner.
Fernande.
Et des yeux noirs !
Madame Montaudoin.
Ce qui me navre, vois-tu, ce n’est pas de te quitter… c’est de penser que je vais rester seule avec ton père…
Fernande.
Comment ?
Madame Montaudoin.
Un homme que j’ai épousé à cause de sa gaieté, de son caractère jovial et insouciant ! Il est devenu tout à coup sombre, soupçonneux, méfiant.Joséphine.
Oh ! c’est bien vrai, il fouille dans tous mes tiroirs.
Fernande.
Mais qu’est-ce qu’il cherche ?
Madame Montaudoin.
Je n’en sais rien… je l’ai interrogé vingt fois… il a toujours refusé de s’expliquer.
Joséphine, naïvement, venant au milieu.
Dites donc, madame, il a peut-être commis un crime ?
Fernande.
Par exemple !…
Madame Montaudoin, à Joséphine.
Veux-tu te taire ! lui ! un sibrave homme !
Joséphine.
Il demande le nom de toutes les personnes qui entrent dans la maison… il marche dans des chaussons de lisière pour faire moins de bruit, et pour mieux vous surprendre. L’autre jour, il est entré dans ma cuisine comme un gros chat… ça m’a fait peur… alors il m’a dit : "Quand une cuisinière a la conscience nette, elle ne tremble pas…" Et il m’a forcée à ôter mes souliers pourvoir s’il n’y avait rien dedans.
Madame Montaudoin.
Voilà une idée !
Fernande.
Il a peut-être perdu quelque chose ?
Madame Montaudoin.
Enfin, il vous guette, il vous épie… Au moment où on s’y attend le moins… on aperçoit une tête qui passe à travers une porte entre-baîllée et…
À ce moment, la tête de Montaudoin paraît à la porte de gauche.
Les Trois Femmes, poussant un cri en l’apercevant.Ah !
Joséphine remonte un peu à droite, madame Montaudoin et Fernande passent à droite.
Scène IILes Mêmes, Montaudoin
Montaudoin.
C’est moi !
Fernande.
Oh ! papa !
Madame Montaudoin.
Que le bon Dieu te bénisse ! tu nous fais des peurs !
Montaudoin, très doucement.
Mes faux cols ?… je n’ai pas de faux cols !
Madame Montaudoin.
Je vais t’en chercher ! mais il n’est pas nécessaire deprendre un air de conspirateur pour demander des faux cols… c’est ridicule !
Elle sort.
Scène IIIMontaudoin, Fernande, Joséphine
Fernande.
Eh bien, papa, tu ne m’embrasses pas !
Montaudoin.
Ah ! chère enfant, tu es la seule joie de ma vie… Quand je sens ton front pur… (Il va pour l’embrasser et s’arrête en apercevant Joséphine.) Qu’est-ce que vous faites-là ? pourquoi tremblez-vous ?Joséphine, troublée.
Moi, monsieur ?
Montaudoin.
Quand une cuisinière a la conscience nette, elle ne tremble pas !… Vous fermez bien toutes les portes ?
Joséphine.
Oh ! oui, monsieur.
Montaudoin.
Qui est venu ce matin ?
Joséphine.
Le porteur d’eau.
Montaudoin.
Le nouveau ?
Joséphine.
Oui, monsieur ; il a l’air d’un brave homme ; il m’a dit : (Accent auvergnat.) "Cherviteur, la...
tracking img