Lamartine

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  • Publié le : 15 mai 2010
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“L’automne”

Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards.

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire ;
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce àpeine à mes pieds l'obscurité des bois.

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
10 À ses regards voilés je trouve plus d'attraits ;
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'unregard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L'air est si parfumé ! la lumière est si pure !
20 Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fondde cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !

Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu !
Peut-être, dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme, et m'aurait répondu !...

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
30 À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux :Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

Commentaire

C’est la méditation XXIII, qui a été écrite à Milly en 1819. Elle traduisait l'évolution sentimentale de Lamartine qui, après l'amertume de la passion malheureuse pour Elvire (à qui il allait consacrer encore “Le crucifix” dans les “Nouvelles méditations” [1823]),évoquait avec discrétion l'image d'une autre femme. Il s'était en effet épris de l’Anglaise Maria Anna Elisa Birch qu’il espérait épouser, projet qui n’allait pas sans difficultés matérielles, la mère de la jeune fille s’y refusant car le poète était «sans emploi ni fortune», ce qui ne manquait de retentir sur son moral (il ne fut définitivement décidé qu’en mars 1820). Ayant quitté sa fiancée etAix-les-Bains le 22 août, il avait gagné la Bourgogne pour y demeurer, à Mâcon et à Milly, jusqu’au terme de l’année. Tout d’abord, son état physique resta convenable : «La santé physique m’est revenue par torrents cet été et cet automne», déclarait-il le 29 octobre ; il ne paraît pas s’être plaint en novembre ; mais, soudain, en décembre, son pessimisme reprit et, le 8, il écrivit à son ami, Aymon deVirieu : «Me voilà replongé dans la fièvre, les inflammations répétées de l’estomac, la langueur, les noirceurs et, de plus, une impossibilité de lire qui met le comble à mon ennui.» ; puis le 10, à Mme de Raigecourt : «J’ai des palpitations terribles dans l’estomac que je ne sais si je serai de ce monde au printemps.»
Cette dernière phrase s’accorde bien avec les vers 18-20 du poème etautoriserait à le dater d’environ la première quinzaine de décembre 1819, à cette exception près qu’on peut se demander si, à ce moment de l’année, les bois sont encore «couronnés d’un reste de verdure» (vers 1), détail qui ferait plutôt songer à la fin d’octobre ou à novembre. Comme toujours, il convient, avec Lamartine, d’être extrêmement circonspect et, dans le cas présent, de ne pas trop chercher àéclairer par des données biographiques rigoureuses un poème qui développe des thèmes ayant un long passé littéraire.
En effet, il reprend d’abord le thème du poète mourant qui, depuis le Romain Tibulle (“Élégies”, III,5), avait été souvent traité par les élégiaques, spécialement par ceux qui précédèrent immédiatement Lamartine, tels Gilbert, Millevoye ou Charles Loyson.
Surtout, l’automne a de...
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