Laurie.

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  • Publié le : 17 octobre 2010
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Chapitre 1. Premier regard
C'était le moment de la journée pendant lequel je souhaitais le plus être capable de dormir. Le lycée. Ou était-ce purgatoire le bon mot ? S'il existait une quelconque façon d'expier mes péchés, cela devait peser assez lourd dans la balance. L'ennui n'était pas une chose à laquelle je m'habituais ; chaque jour semblait incroyablement plus monotone que le précédent. Jesuppose que c'était ma forme de sommeil – si le sommeil était défini comme l'état d'inertie entre deux périodes actives. Je contemplai les fissures qui couraient le long du mur dans le coin opposé de la cafétéria, imaginant des motifs qui n'existaient pas. C'était une façon d'affaiblir les voix qui formaient un brouhaha, comme le flot d'une rivière, à l'intérieur de ma tête. J'ignorai plusieurscentaines de ces voix par pur ennui. En ce qui concernait l'esprit humain, j'avais déjà tout entendu. Aujourd'hui, toutes les pensées étaient tournées vers l'insignifiant drame d'un nouvel ajout au petit corps étudiant du lycée. Il en fallait si peu pour les exciter tous. J'avais vu le nouveau visage répété, pensée après pensée, sous tous les angles. Rien d'autre qu'une humaine ordinaire.L'excitation à propos de son arrivée était péniblement prévisible – comme si l'on montrait un objet brillant à un enfant. La moitié des garçons, se comportant comme des moutons, s'imaginaient déjà amoureux d'elle, simplement parce qu'elle était quelque chose de nouveau à regarder. J'essayai encore plus de faire la sourde oreille. Il n'y avait que quatre voix que je bloquais par courtoisie plus que pardégoût : ma famille, mes deux frères et mes deux sœurs, qui étaient tellement habitués au manque d'intimité en ma présence qu'ils y pensaient rarement. Je leur donnais autant d'intimité que possible. J'essayais de ne pas écouter si je pouvais m'en empêcher. J'essayais tant que je pouvais, n'empêche que… je savais. Rosalie pensait, comme d'habitude, à elle-même. Elle avait aperçu le reflet de son profildans les lunettes de quelqu'un et méditait à présent sur sa propre perfection. Son esprit était une mare peu profonde, sans beaucoup de surprises. Emmett rageait à propos d'un match de catch qu'il avait perdu la nuit précédente contre Jasper. Il lui faudrait toute sa patience limitée pour attendre la fin de la journée afin d'organiser une revanche. Je ne m'étais jamais senti gêné en entendant lespensées d'Emmett, car il ne pensait à rien qu'il ne dise ensuite à voix haute ou ne mette en œuvre. Peut-être me sentais-je coupable de lire les pensées des autres seulement parce que je savais qu'ils contenaient des choses qu'ils n'avaient pas envie que je sache. Si l'esprit de Rosalie était une mare peu profonde, celui d'Emmett était un lac sans zones d'ombre, parfaitement limpide. Et Jasper…souffrait. Je réprimai un soupir. Edward. Alice avait pensé mon nom, et obtint immédiatement mon attention. C'était comme si elle m'avait appelé à voix haute. J'étais heureux que mon prénom ne soit plus à la mode – c'aurait été agaçant. A chaque fois que quelqu'un aurait pensé à un quelconque Edward, ma tête aurait pivoté automatiquement… Pourtant cette fois-là, je ne tournai pas la tête. Alice etmoi étions doués pour ces conversations privées. Il était rare que quelqu'un nous surprenne. Je gardai les yeux fixés sur les lignes du mur. Comment va-t-il ? demanda-t-elle. Je grimaçai, seulement une petite altération au coin de ma bouche. Rien qui pourrait interpeller les autres. Je pouvais très bien grimacer d'ennui. La voix mentale d'Alice était alarmée à présent, et je vis dans son espritqu'elle surveillait Jasper de sa vision périphérique. Y a-t-il un danger ? Elle cherchait dans le

futur immédiat, survolant les visions de monotonie pour découvrir la raison de ma grimace. Je tournai lentement la tête vers la gauche, comme si je regardais les briques au mur, soupirai, et revins vers la droite en fixant les fissures du plafond. Seule Alice savait que j'étais en train de secouer...
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