Le berger et son troupeau

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Le Berger et son troupeau

Recueil : II, parution en 1678.

Livre : IX.

Fable : 19, composée de 31 vers.

« Quoi ? toujours il me manquera
Quelqu’un de ce peuple imbécile (1)!
Toujours le loup m’en gobera !
J’aurai beau lescompter : ils étaient plus de mille,
5 Et m’ont laissé ravir notre pauvre Robin (2) ;
Robin mouton qui par la ville
Me suivait pour un peu de pain,
Et qui m’aurait suivi jusques au bout du monde.
Hélas ! de mamusette il entendait le son !
10 Il me sentait venir de cent pas à la ronde.
Ah le pauvre Robin mouton !
Quand Guillot (3) eut fini cette oraison funèbre
Et rendu de Robin la mémoire célèbre,
Il haranguatout le troupeau,
15 Les chefs, la multitude, et jusqu’au moindre agneau,
Les conjurant de tenir ferme :
Cela seul suffirait pour écarter les Loups.
Foi de peuple d’honneur, ils lui promirent tous
De ne bouger non plus qu’unterme (4).
20 Nous voulons, dirent-ils, étouffer le glouton
Qui nous a pris Robin mouton.
Chacun en répond sur sa tête.
Guillot les crut, et leur fit fête.
Cependant, devant qu’il fût nuit,
25 Il arriva nouvel encombre,Un Loup parut ; tout le troupeau s’enfuit :
Ce n’était pas un Loup, ce n’en était que l’ombre.
Haranguez de méchants (5) soldats,
Ils promettront de faire rage ;
30 Mais au moindre danger adieu tout leur courage :Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.

(1) Imbécile : stupide, mais aussi faible.
(2) Robin : déjà nom du mouton dans Le Quart Livre de Rabelais (chapitre VI).
(3) Guillot : diminutif courant de Guillaume.
(4) Un terme : il s’agit d’une borne en pierre destinée à limiter les champs. C’est aussi une
statue sans pied représentant ledieu Terme, qui, dans l’Antiquité, servait au même usage.
(5) Méchants : mauvais.

ÉTUDE ANALYTIQUE

Introduction

Recueils poétiques de Jean de La Fontaine (1621-1695), Les Fables choisies mises en vers furent publiées à Paris chez Denis Thierry ou chez Claude Barbin de 1668 à 1693. Composées de douze livres répartis en deux recueils, cetouvrage regroupe plusieurs centaines de textes courts mettant souvent en scène des animaux ; les récits sont, sauf rares exceptions, suivis d’une morale qui indique la portée critique à apporter au texte. L’auteur lui-même se plaisait à dire : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes ».
La fable, et l’apologue en général, est un genre argumentatif original puisqu’elle utilise le discoursnarratif et le récit pour convaincre ou persuader.
La fable 19 du livre IX, Le Berger et son troupeau, est située dans le second recueil des Fables, où le bestiaire et l’imaginaire en liberté du fabuliste se sont nettement amoindris pour s’orienter vers une réflexion plus sérieuse et sentencieuse. Elle a été inspirée à l’auteur par son prédécesseur antique Abstémius avec « Le Berger exhortant...
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