– Le bonheur consiste-t-il dans la satisfaction des désirs ?

– Le bonheur consiste-t-il dans la satisfaction des désirs ?

Nous venons de voir que d’un côté, la satisfaction effrénée des désirs semblait vouée à l’échec si les désirs se renouvellent sans cesse, si chaque désir satisfait laisse place à un autre désir à satisfaire. Une telle quête risque bien d’être infinie et de nous enfermer dans une frustration permanente, dans un désir qui se complaîtdans la tension vers une multiplicité d’objets, un désir qui s’éparpille en désirs. Dans cette perspective, la plénitude qu’est le bonheur paraît bien loin et il faudrait se contenter au mieux de petits plaisirs ponctuels. Mais d’un autre côté, dans l’hypothèse où nous pourrions satisfaire tous nos désirs, devrions-nous souhaiter une telle satiété ? Rousseau nous a montré qu’un être sans peine,sans manque était malheureux et comme mort. Celui qui n’a plus rien à désirer risque, au mieux, l’ennui le plus total, au pire la mort. Il faudrait donc ne pas épuiser le désir : d’une part, nous pouvons penser que le désir n’est pas toujours l’expression d’un manque mais peut porter sur ce que l’on a, en un sens figuré, dans l’amour par exemple ; c’est alors lui-même que désire le désir. Ce quicompte pour être heureux ce n’est pas tant d’atteindre les multiples objets du désir mais bien le fait de désirer. D’autre part, si nous devons satisfaire certains désirs seulement, il s’agit de savoir lesquels.

Quels désirs devons-nous satisfaire ?

Nous ne maîtrisons probablement pas l’apparition de nos désirs et, si nous pouvons œuvrer dans ce sens, c’est en commençant par réguler leursatisfaction. Autre chose est de satisfaire nos désirs quand nous le pouvons, autre chose est de considérer que le bonheur réside dans cette satisfaction. Ne faut-il pas alors distinguer différents types de désirs afin de comprendre qu’il est vain de rechercher le bonheur dans leur satisfaction ? Si seuls quelques désirs sont à satisfaire, lesquels et pourquoi ?
Dans la Lettre à Ménécée, Epicurepropose une classification des désirs. C’est à partir d’une meilleure compréhension de la valeur réelle et de l’importance de nos désirs que nous pouvons espérer trouver la voie du bonheur. Voici la classification qu’il propose :

NECESSAIRES = BESOINS
- Bonheur, santé, vie
NATURELS
NON-NECESSAIRES
DESIRS (amitié, sexualité, etc.)

NON-NATURELSou VAINS, INUTILES
(richesses, honneurs, etc.)

Épicure distingue ainsi trois types de désirs différents qu’il s’agit de considérer à leur juste valeur. Il s’agit d’une classification qui est en même temps une hiérarchisation destinée à nous mettre sur la voie du bonheur et de la sagesse, à nous faire comprendre où nous devons placer notre bonheur et où nous sommes certains de ne pas letrouver, de nous perdre et d’être possiblement malheureux. Selon Épicure, la recherche du bonheur rime avec la recherche de ce qui nous est nécessaire et avec le plaisir. Mais il s’agit d’un plaisir en un sens bien particulier, car le philosophe du Jardin distingue également deux plaisirs différents :
- Le plaisir stable ou catastématique, qui correspond à un état d’équilibre, résulte d’un besoinsimplement satisfait, sans plus. Il ne s’agit pas d’une jouissance positive, d’une excitation, mais bien d’une sage satiété. Si, par exemple, j’avais faim et que j’ai mangé quelque chose mettant un terme à ce manque, à ce déséquilibre, peu importe quoi tant que cela comble adéquatement de besoin, j’éprouve ce premier type de plaisir.
- Le plaisir en mouvement, qui lui correspond à un étatd’excitation, de jouissance positive, de surplus par rapport à l’équilibre constituant donc également un certain déséquilibre. Par exemple, j’ai un tel plaisir si en plus d’avoir satisfait ma faim je l’ai fait en dégustant mon plat préféré, si j’ai un peu trop mangé, un peu trop bu, par plaisir justement. Mais on dépasse ici la simple satisfaction du besoin.
Seul le plaisir stable, état d’équilibre, est...
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