Le brasier - apollinaire

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  • Publié le : 13 octobre 2011
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Pour mieux vous faire découvrir le recueil Alcools, je mets en ligne quelques lectures trouv ées ici pi là, ce ne sont que des propositions qui n'épuisent pas le sesn des textes d'Apollinaire.

Commentaire Le Brasier

Cette suite de trois poèmes fut publiée pour la première fois dans “Gil Blas” du 4 mai 1908. Elle fut d’abord intitulée “Le pyrée" (nom de l'autel du feu, chez les Perses), puis"Le brasier" dans la version définitive. Elle est dominée par l’image centrale de la flamme qui était d’une importance capitale dans la poétique d’Apollinaire et qui se trouva dans nombre de ses textes de 1908 (le poème “Les fiançailles”, le premier chapitre de “Sur la peinture”). Le sujet se consume dans l’espace cosmique pour renaître en paroles étoiles.
Le poème, très difficile, est, avanttout, un art poétique où Apollinaire manifestait sa volonté d’un lyrisme neuf qui serait issu de la poésie pure de Mallarmé et du réalisme mystique de Rimbaud, et qui exprimerait de la façon la plus juste l’esprit du XXe siècle.

Dans le premier poème, le plus classique dans sa structure (cinq quintils d'octosyllabes rimés), le poète montre qu’il ne peut devenir poète qu’en brûlant son passéindividuel et sentimental pour arriver à un «moi» purifié.

Dans la première strophe, le narrateur (le poète) indique qu’il porte en lui-même le feu où il jette son passé. C’est un «noble feu» dont la noblesse est due à sa fonction purificatrice. Il est l’objet d’une adoration mystique car c’est un dieu qui permet la divinisation de soi-même et de la poésie. Un jeu de mots s’opère sur le sens de«feu» qui, au vers 1, est le feu concret, au vers 3, l'ardeur, et pourrait être aussi la mort, l'absence de ponctuation permettant de lire «feu ce Passé». Le poète renie le passé, le rejette entièrement et définitivement, amorce d'un changement chez lui qui ne pouvait parvenir à se débarrasser de ses souvenirs, en particulier, au vers 3, celui des «vives mains» qui symbolisent les femmes autrefoisaimées. Le passé équivaut à la mort, tandis que le feu est source de vie ; d'où l'image des «têtes de morts» qui sont plus loin (vers 11) «ces têtes que j’avais», les diverses personnalités qu’il a successivement revêtues, ses hantises dont il ne peut se libérer. Dans le dernier vers de la strophe, le poète annihile sa volonté et devient soumis au feu, sinon transformé lui-même en feu.

La deuxièmestrophe a une dimension cosmique : l'univers participe tout entier à ce mouvement de purification du poète qui manifeste son indifférence au futur (vers 7) : il faut faire table rase du passé pour vivre l'instant présent et non se projeter dans l'avenir. Des images violentes traduisent l'exubérance de la vie : «galop soudain», amours sauvages au sein de la nature entre les «centaures» et lavégétation. Le mouvement est intense, les sonorités significatives (allitérations en nasales du vers 8 ; assonances en «a» et «é» qui ont des sons traînants).

La troisième strophe introduit une tonalité nouvelle, celle du regret, à la manière de Villon («Mais où sont les neiges d'antan?») : malgré sa volonté, le coeur garde la nostalgie du passé ; de «ces têtes que j’avais» (vers 11) qui sont lesdiverses femmes qu’il a successivement conquises (comme le confirmeront les «têtes de femmes» du vers 20, «les têtes coupées qui m’accclament» du vers 18) ; de sa foi chrétienne (vers 12) ; de l'amour qui est devenu faux, thème déjà présent dans “La chanson du mal-aimé". Mais il est interrompu aussitôt pour les souhaits, des vers 14 et 15, d’une purification par «le brasier» et par cet autre brasierqu’est le «soleil», qui conserve la dimension cosmique de la strophe précédente. Au contact de ce feu solaire, l'âme se purifie et redevient elle-même, loin de l'artifice, symbolisé par les vêtements. Est donc sous-jacente l'image du phénix (un feu qui brûle mais permet de renaître).

La quatrième strophe apporte une nouvelle image du feu : c'est la végétation luxuriante qui devient elle...
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