Le cameroun nouveau territoire des dieux

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  • Publié le : 6 décembre 2010
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Cameroun :

Cameroun
les nouveaux territoires de Dieu
Maud LASSEUR1 Depuis une quinzaine d’années, le Cameroun connaît un véritable éclatement de son paysage religieux, qui se caractérise non seulement par la multiplication des associations cultuelles mais aussi par la lente décomposition des territoires ethno-régionaux que s’étaient appropriés les grandes organisations chrétiennes etmusulmanes historiques. Une telle évolution provient pour l’essentiel de la libéralisation du champ religieux dans le pays. Les lois sur les libertés publiques du début des années 1990, le développement des migrations et de l’urbanisation favorisent l’entrée de mouvements religieux opérant sur la scène globale et provoquent l’essor d’un marché national des biens spirituels au Cameroun, remettant en caused’anciennes frontières géo-religieuses internes plus ou moins figées par des décennies de gouvernement autoritaire.

1. Agrégée de géographie, doctorante à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, laboratoire PRODIG (Pôle de recherche pour l’organisation et la diffusion de l’information géographique, UMR 8586), et enseignante au Lycée Fustel de Coulanges à Yaoundé (Cameroun).

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■Afrique contemporaine



LA TRAME ETHNO-CULTUELLE FONDAMENTALE
Jusqu’aux années 1990, on ne parlait guère au Cameroun que de quatre grandes appartenances confessionnelles. Outre les religions ancestrales relevant du fond spirituel africain, la population se partageait entre musulmans, majoritairement adeptes d’un islam sunnite de rite malékite, protestants, relevant d’une dizaine dedénominations issues des missions européennes du XIXe siècle 2 et, enfin, catholiques. Selon la World Christian Encyclopedia, la population camerounaise était ainsi composée, au début des années 1980, d’une bonne moitié de chrétiens, d’environ un quart de musulmans et d’un quart d’adeptes des religions traditionnelles 3. Un tel pluralisme confessionnel à l’échelle nationale masque en réalité une répartitiontrès fragmentée des religions, résultant de deux logiques distinctes et combinées. La carte religieuse du Cameroun laisse d’une part apparaître une différenciation Nord/Sud, avec une implantation de plus en plus récente et diluée de l’islam à mesure que, de l’Extrême-Nord, on gagne le Sud du pays, et un gradient inverse pour le christianisme. D’autre part, chaque dénomination historique apparaîtcentrée sur un territoire privilégié, si bien que la géographie religieuse est largement calquée sur la trame ethno-régionale. Différents facteurs sont à l’origine du développement séparé des religions au Cameroun. Les conditions d’implantation et de diffusion initiales des religions ont joué un rôle fondamental : l’islam est entré au Cameroun par les voies soudano-sahéliennes du Nord, tandis quele christianisme arrivait des côtes, avec les colonisateurs. Un fait au moins aussi déterminant fut la stratégie de conversion par le haut menée par les acteurs religieux, le caractère autoritaire du pouvoir traditionnel poussant généralement la population à suivre la religion de son chef. Les sociétés locales surent d’autre part, autant que les missionnaires, jouer de l’étiquette religieuse pouracquérir des positions privilégiées ou se distinguer de leurs voisins ou rivaux. Les Beti eurent ainsi le « coup de foudre » pour les missionnaires pallotins allemands en partie parce que les Douala avaient opté, avant eux, pour le baptisme des Anglais 4. Dans le cas du protestantisme, le principe d’un par-

2. Les grandes Églises protestantes du Cameroun, héritières des missions d’origineeuropéenne, sont l’EEC (Église évangélique du Cameroun), sans doute la plus importante par le nombre d’adeptes ; l’UEBC (Union des Églises baptistes du Cameroun), l’EBC (Église baptiste du Cameroun) et la CBC (Convention of Baptist Churches) pour les dénominations baptistes ; l’EPC (Église presbytérienne du Cameroun) et la PCC (Presbyterian Church in Cameroon) pour la branche presbytérienne ; l’EELC...
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