Le capital financier et sa circulation: deux causes oubliées de la crise économique

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  • Publié le : 20 novembre 2011
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Le capital financier et sa circulation: deux causes oubliées de la crise économique

Attention aux excès de vitesse qui vont précipiter les économies de crise en crise: il est temps de tirer la sonnette d’alarme et d’ouvrir le débat

Dans une adaptation DP de l’allemand, nous publions un texte de Mario von Cranach, professeur émérite de l’Université de Berne et vice-président de l’associationKontrapunkt, dont il est membre du Conseil pour la politique économique et sociale. Il a coédité l’an dernier un dossier Lernen aus der Krise – Auf dem Weg zu einer Verfassung des Kapitalismus (DP 1851).
Le problème:
Le débat sur les causes de la crise économique mondiale et les stratégies pour en éviter la répétition néglige deux facteurs: l’accumulation du capital (de la fortune si l’onpréfère) et le volume des transactions sur les marchés financiers, qui représentent un multiple des prestations de l’économie réelle. Cette bulle est la cause profonde de la crise économique mondiale. Laquelle ne s’explique donc pas seulement par les facteurs évoqués jusqu’ici, tels les inégalités entre les économies nationales et l’important endettement qui en a résulté pour certains pays, la politiqueaméricaine des bas taux d’intérêt ainsi que les crédits trop facilement accordés par les banques.
Le fondement : le «principe du profit» du capitalisme:
Le développement excessif des fortunes résulte du principe du profit, inhérent au système capitaliste: par l’investissement dans les processus économiques, le capital se doit de continuellement augmenter; d’où la «croissance» de l’économie. Eneffet, sans perspective de gain, pas d’investissement. Mais comme l’économie réelle a de son côté besoin du capital pour son financement, elle est effectivement condamnée à la croissance.
L’injection de capital se fait la plupart du temps sous forme de crédits. Du coup, l’accroissement du capital s’accompagne d’une augmentation de l’endettement, des entreprises comme des collectivités. Cettedynamique tient notamment au mécanisme de l’intérêt composé: le capital s’accroît de manière exponentielle, à un rythme d’abord modéré, puis effréné.
Les faits
Au cours des dernières décennies, les pays développés ont connu une croissance explosive que les crises économiques ont à peine affectée. Ainsi dans la seule année 2009, en pleine période de crise, la fortune privée allemande a augmenté de 200milliards d’euros; et les avoirs des clients des banques privées suisses se sont accrus de 25 à 30%. Le volume du patrimoine financier des seules personnes privées représente un multiple de la valeur des richesses créées par l’économie réelle. En Allemagne, ce patrimoine équivalait au produit intérieur brut en 1975; en 2000, il en représentait le triple, en 2006 plus du septuple. Actuellement, ildevrait ascender à 12, voire 15 fois le PIB, estime la Bundesbank allemande. Selon l’historien de l’économie Niall Ferguson, en 2006, la valeur boursière des actions dépassait de 10% celle des prestations de l’économie réelle, tandis que la somme des dettes nationales et internationales la dépassait de 50%. Quant aux produits dérivés, ils égalaient 10 (dix!) fois la valeur de l’économie réelle.Les titres déposés par les clients des banques suisses se montent actuellement à 4’238 milliards de francs. En Allemagne, la fortune financière atteint la somme inimaginable de 4,64 billions d’euros (un billion = mille milliards). Montants à mettre en relation avec la somme des dettes publiques de tous les Etats de l’Union européenne, que la Commission estime à environ 11 milliards d’euros – unepaille en comparaison.
La croissance accélérée du capital financier profite avant tout aux toutes grandes fortunes, accumulées par les privés et les investisseurs institutionnels. Les coûts liés à la croissance du capital sont mis à la charge des consommateurs, qui les paient par le biais des intérêts de la dette inclus dans les prix finals.
Deuxième facteur explicatif des bulles financières:...
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