Le changement sans traitement

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  • Publié le : 18 mai 2010
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Le changement sans traitement : attention, point aveugle !
Baptiste Cohen*
e regard aime la continuité : la théorie du point aveugle en apporte la preuve. Chacun se rappelle cette expérience où, à une certaine distance des yeux, un fragment d’image disparaît. Mais l’expérience ne s’arrête pas là. À ce fragment soustrait à la vue est substitué l’image de son environnement, l’image de ce qui luisert de fond, généralement du blanc. Le point est là mais absent au regard ; l’image est fausse mais prend l’apparence du vrai. Le point semble, de ce point de vue, inexistant. D’une certaine manière, l’ouvrage de nos collègues H. Klingemann, L. Sobell, J. Barker et al., Promoting self-change from problem substance abuse (Face aux problèmes de drogues, Anne de Colbert Christophorov. promouvoir lechangement par soi-même) et dont nous présentons ici, et en français, la synthèse du premier chapitre (voir page 90) a pour objet une réalité qui se situe bien dans notre champ de vision, mais qui pourrait révéler l’existence d’un point aveugle à la surface, pourtant ultra sensible, de l’addictologie française. Cette publication, encore récemment ignorée de nos bibliothèques, a été citée parLouise Nadeau lors du colloque “Médecine et addictions” des 29 et 30 avril 2004 pour souligner que “la plupart des patients, […], n’avaient pas besoin d’une intervention à moyen ou à haut seuil, mais d’un bon ‘coup de pouce’ motivationnel […] pour s’engager dans un processus de changement.” On reconnaît bien là le pragmatisme de nos cousins québécois. Mais qui sont ces “patients” qui n’auraient pasbesoin de soins ? Quelle est leur expérience ? Ont-ils un savoir-faire particulier ? Faudrait-il le faire savoir ? Première phase, l’occultation : un fragment d’image disparaît. Chacun le sait, nombreux sont les usagers de produits psychoactifs qui, par eux-mêmes, sans soins, sans prise en charge, font évoluer leurs consommations afin d’en diminuer les risques, d’éviter les abus, d’échapper à ladépendance et parfois même de “décrocher”. Pourtant cette capacité de “changement par soi-même” est quasiment absente de notre champ de vision, c’est-à-dire de nos manuels, de nos discours, de nos travaux, de nos politiques publiques. Comme si elle n’existait pas ou n’avait que peu d’importance. Comme s’il était évident que devant la complexité des problèmes posés par les drogues, seule l’interventionextérieure, chimique, psychique ou sociologique... alchimique, pouvait transformer en or de libertés le plomb de nos contraintes humaines. Comme s’il n’y avait pas grand-chose à apprendre de ces expériences pourtant si riches sur le plan personnel et peut-être si prometteuses sur celui de la santé publique, mais si peu valorisantes sur le plan professionnel et scientifique. Or elles ne font querappeler combien l’être humain a la formidable capacité, parfois, de se soigner lui-même, comme par enchantement. Alors que l’homme, bien souvent, trouve du sens à travers les épreuves, la science, elle, ne trouve son sens que dans les preuves. Le self-change désigne un objet tellement simple qu’il semble avoir disparu de notre vue, de notre pensée, de nos échanges, sans qu’on s’en soit aperçu. Unsimple déplacement du regard lui rendrait toute sa réalité, son évidence autant que sa pertinence. Il y a des personnes qui vont mal, mais qui n’ont pas besoin de soins. Non pas parce qu’elles n’ont pas besoin d’aller mieux, mais parce qu’elles peuvent trouver en elles, ou avec une aide ponctuelle, les ressorts du changement qui leur rendront un peu de leur liberté, un peu de leur santé, parfois deleur espérance, voire de leur espérance de vie. Deuxième phase de l’expérience : la substitution. Un élément de la réalité, présent mais non perçu, est tout simplement remplacé par l’image de son environnement. Comme si la capacité (pourtant bien réelle) qu’ont nombre de personnes, aux conduites addictives avérées, de “changer sans traitement” avait été remplacée par l’évidente certitude que...
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