Le chapon et la poularde (comentaire)

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  • Publié le : 30 novembre 2009
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Dialogue du chapon et de la poularde (Voltaire)

LE CHAPON :Eh, mon Dieu! ma poule, te voilà bien triste, qu’as-tu? 
LA POULARDE :Mon cher ami, demande-moi plutôt ce que je n’ai plus. Une maudite servante m’a prise sur ses genoux, m’a plongé une longue aiguille dans le cul, a saisi ma matrice, l’a roulée autour de l’aiguille, l’a arrachée et l’a donnée à manger à son chat. Me voilà incapablede recevoir les faveurs du chantre du jour, et de pondre. 
LE CHAPON :Hélas! ma bonne, j’ai perdu plus que vous; ils m’ont fait une opération doublement cruelle: ni vous ni moi n’aurons plus de consolation dans ce monde; ils vous ont fait poularde, et moi chapon. La seule idée qui adoucit mon état déplorable, c’est que j’entendis ces jours passés, près de mon poulailler, raisonner deux abbésitaliens à qui on avait fait le même outrage afin qu’ils pussent chanter devant le pape avec une voix plus claire. Ils disaient que les hommes avaient commencé par circoncire leurs semblables, et qu’ils finissaient par les châtrer: ils maudissaient la destinée et le genre humain. 
LA POULARDE : Quoi! c’est donc pour que nous ayons une voix plus claire qu’on nous a privés de la plus belle partie denous-mêmes? 
LE CHAPON :Hélas! ma pauvre poularde, C’est pour nous engraisser, et pour nous rendre la chair plus délicate. 
LA POULARDE : Eh bien! quand nous serons plus gras, le seront-ils davantage? 
LE CHAPON :Oui, car ils prétendent nous manger. 
LA POULARDE : Nous manger! ah, les monstres! 
LE CHAPON :C’est leur coutume; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avalerune pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir. On nous apporte devant eux dans une large pièce d’argent; chacun dit de nous ce qu’il pense; on fait notre oraison funèbre: l’un dit que nous sentons la noisette; l’autre vante notre chairsucculente; on loue nos cuisses, nos bras, notre croupion; et voilà notre histoire dans ce bas monde finie pour jamais. 
LA POULARDE :Quels abominables coquins! je suis prête à m’évanouir. Quoi! on m’arrachera les yeux! on me coupera le cou! je serai rôtie et mangée! Ces scélérats n’ont donc point de remords? 
LE CHAPON :Non, m’amie; les deux abbés dont je vous ai parlé disaient que les hommesn’ont jamais de remords des choses qu’ils sont dans l’usage de faire. 
LA POULARDE :La détestable engeance! Je parie qu’en nous dévorant ils se mettent encore à rire et à faire des contes plaisants, comme si de rien n’était. 
LE CHAPON :Vous l’avez deviné; mais sachez pour votre consolation (si c’en est une) que ces animaux, qui sont bipèdes comme nous, et qui sont fort au-dessous de nous,puisqu’ils n’ont point de plumes, en ont usé ainsi fort souvent avec leurs semblables. J’ai entendu dire à mes deux abbés que tous les empereurs chrétiens et grecs ne manquaient jamais de crever les deux yeux à leurs cousins et à leurs frères; que même, dans le pays où nous sommes, il y avait eu un nommé Débonnaire(18) qui fit arracher les yeux à son neveu Bernard. Mais pour ce qui est de rôtir des hommes,rien n’a été plus commun parmi cette espèce. Mes deux abbés disaient qu’on en avait rôti plus de vingt mille pour de certaines opinions qu’il serait difficile à un chapon d’expliquer, et qui ne m’importent guère. 
LA POULARDE :C’était apparemment pour les manger qu’on les rôtissait. 
Voltaire, 1765

Explication de texte

Le texte que l’on nous propose d’étudier se nomme ‘‘dialoguedu chapon et de la poularde’’ de Voltaire parut en 1765 . Grand auteur du XVIII siècle, étant également dramaturge, historien, politicien, moraliste et philosophe des Lumières. Il a été e nombreuses fois victime de la censure et a fait un séjour à la Bastille. Il prône la tolérance et l’égalité cependant sa position sur l’esclavage est douteuse. Il a notament écrit le Poème sur le désastre...
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