Le chateau d'ulloa

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  • Publié le : 20 mai 2010
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CHAPITRE 1

Le cavalier avait beau tenter de le maîtriser en s'agrippant de toutes ses forces à l'unique corde servant de rêne et en murmurant des mots doux et apaisants, le roussin à poils longs s'obstinait à descendre la côte à un petit trot saccadé qui secouait les entrailles quand il ne prenait pas un galop effréné, à grandes foulées irrégulières. En vérité, elle était raide cette descentedu chemin royal conduisant de Santiago à Orense1, au point que les voyageurs, en la parcourant, hochaient la tête, convaincus qu'elle devait dépasser passablement le pourcentage de pente fixé par la loi; sans aucun doute, en traçant la route dans cette direction, les ingénieurs savaient ce qu'ils y gagneraient : la propriété de quelque homme politique, quelque influence électorale de gros calibredevaient exister près de là. Le cavalier avait le visage tout rouge, non comme le piment mais comme la fraise, rougeur propre aux personnes lymphatiques. En raison de sa jeunesse, de ses membres délicats et parce qu'il n'avait pas (un poil de barbe, on l'aurait pris pour un enfant si son allure sacerdotale n'était venue démentir cette impression. Malgré la couche de poussière jaune soulevée par letrot du bidet, on voyait bien que le costume du jeune homme était de drap noir uni, avec cette coupe ample et peu seyante qui distingue les vêtements laïques lorsqu'ils sont portés par des ecclésiastiques. Les gants, déjà éraflés par la bride grossière, étaient noirs eux aussi, et tout neufs comme le chapeau melon que le garçon portait enfoncé jusqu'aux oreilles de peur que les secousses ne lefissent tomber à terre, ce qui eût provoqué le plus grand embarras du monde. Sous le col de la disgracieuse redingote apparaissait un doigt de rabat brodé de grains de jais. Le cavalier montrait peu d'habileté équestre, penché sur l'arçon, les jambes repliées, il était à deux doigts d'être projeté par-dessus les oreilles de sa monture; on lisait sur son visage la même crainte de sa rosse que s'ils'était agi d'un coursier indompté plein d'une fougue sauvage. Au bas de la pente, le bidet reprit sa calme allure habituelle et le cavalier put enfin se redresser sur sa selle bombée dont la largeur incommensurable lui avait désarticulé les os de toute la région sacro-iliaque. Il respira, ôta son chapeau et reçut sur son front en sueur l'air frais de la soirée. Les rayons du soleil tombaient déjà enoblique sur les buissons de ronces et les haies vives et un
. Ville située à une bonne centaine de kilomètres au sud-est de Saint-Jacques-de-Compostelle et capitalé d'une des provinces intérieures de Galice.
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cantonnier, en manches de chemise, car sa veste était posée sur une borne de granit, donnait des coups de pioche nonchalants dans les herbes folles qui bordaient le fossé. Le cavaliertira sur le licou pour freiner sa monture et celle-ci, que l'envie de trotter avait abandonnée au bas de la côte, s'arrêta immédiatement. Le cantonnier leva la tête et la plaque dorée de son chapeau brilla un instant. — Auriez-vous la bonté de me dire s'il y a encore beaucoup de Chemin pour arriver à là demeure de monsieur le marquis d'Ulloa ? — Pour les Pazos de Ulloa ? répondit le cantonnier enrépétant la question2. — C'est cela. — Les Pazos de Ulloa sont là-bas murmura-t-il en étendant la main pour désigner un point à l'horizon, si la bête va bien, le chemin qui 'reste sera vite fait... Maintenant vous n'avez qu'à suivre jusqu'à ce bois de pins là-bas, vous voyez? Après faudra que vous tourniez à main gauche et puis faudra prendre à main droite par un petit chemin de traverse,jusqu'au calvaire... Une fois au calvaire vous ne pouvez pas vous perdre, parce, qu'on voit les Pazos, « une costruction très extrêmement grande »... Mais... quelle distance reste-t-il à peu près? demanda le prêtre avec inquiétude. Le cantonnier hocha sa tête hâlée. — Un petit bout, un petit bout... Et sans plus d'explications, il reprit sa besogne nonchalante, en maniant la pioche comme si elle...
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