Le chateu d'heidelberg, victor hugo

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1121 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 12 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Victor Hugo – Le Rhin, Lettres à un Ami
EXTRAIT DE LA LETTRE XXVIII, « LE CHATEAU D’HEIDELBERG »
L
e chemin qui mène à Heidelberg passe devant les ruines. Au moment où j’y arrivais, la lune, voilée par des nuages diffus et entourée d’un immense halo, jetait une clarté lugubre sur ce magnifique amas d’écroulements. Au delà du fossé, à trente pas de moi, au milieu d’une vaste broussaille, latour fendue, dont je voyais l’intérieur, m’apparaissait comme une énorme tête de mort. Je distinguais les fosses nasales, la voûte du palais, la double arcade sourcilière, le creux profond et terrible des yeux éteints. Le gros pilier central avec son chapiteau était la racine du nez. Des cloisons déchirées faisaient les cartilages. En bas, sur la pente du ravin, les saillies du pan de mur tombéfiguraient affreusement la mâchoire. Je n’ai de ma vie rien vu de plus mélancolique que cette grande tête de mort posée sur ce grand néant qui s’appelle le Château des Palatins.
La ruine, toujours ouverte, est déserte à cette heure. L’idée m’a pris d’y entrer. Les deux géants de pierre qui gardent la tour carrée m’ont laissé passer. J’ai franchi le porche noir sous lequel pend encore la vieille hersede fer, et j’ai pénétré dans la cour. La lune avait presque disparu sous les nuées. Il ne venait du ciel qu’une clarté blême.
Louis, rien n’est plus grand que ce qui est tombé. Cette ruine, éclairée de cette façon, vue à cette heure, avait une tristesse, une douceur et une majesté inexprimables. Je croyais sentir dans le frissonnement à peine distinct des arbres et des ronces je ne sais quoi degrave et de respectueux. Je n’entendais aucun pas, aucune voix, aucun souffle. Il n’y avait dans la cour ni ombres ni lumières ; une sorte de demi-jour rêveur modelait tout, éclairait tout et voilait tout. L’enchevêtrement des brèches et des crevasses laissait arriver jusqu’aux recoins les plus obscurs de faibles rayons de lune ; et dans des profondeurs noires, sous des voûtes et des corridorsinaccessibles, je voyais des blancheurs se mouvoir lentement.
C’est l’heure où les façades des vieux édifices abandonnés ne sont plus des façades, mais des visages.

Victor Hugo, Le Rhin, Lettres à un Ami

Ce texte est un extrait du Rhin, lettres à un ami, une fiction épistolaire de Victor Hugo, un romancier poète et dramaturge romantique du XVIIIe siècle. Cet ouvrage a été rédigé par VictorHugo lors de son voyage en Allemagne autour des années 1840, ou il découvrira les joyaux de l’Allemagne, un pays pour lequel il avait une profonde admiration. Dans cet extrait il raconte son ami Louis Bouilhet la vision qu'il eut du château d’Heidelberg, une nuit d'automne 1840, durant son séjour sur les rives du Rhin. Nous pourrons nous intéresser dans notre étude à la description du château, et auxeffets qu'entraîne la perception du château quand l'auteur.
Le texte commence par une allusion à un chemin « qui mène ». Il y a une idée de mouvement, reprise par le verbe « arriver » qui suit juste après. La description n’est pas figée. Puis Hugo nous parle de ruines, et évoque le temps passé. Hugo décrit ensuite l'atmosphère qui y règne, notamment la luminosité. La lune est très importante etdonne un aspect très particulier au château, qui est entouré d'un immense halo. Ainsi, alors que nous sommes en pleine le château paraît presque lumineux aux yeux du lecteur. Cette luminosité particulière est soulignée par l'oxymore « charte lugubre ».
Le décor est immense, et il le qualifie alors de « magnifique amas d'écroulements », un autre oxymore. On apprécie également la puissance desadjectifs que il utilise : vaste, immense, magnifique, lugubre, qui donnent une dimension épique au château, et le magnifie encore plus.
Puis soudain, au milieu du décor surgit la tour fendue. Partir de ce moment-là, Hugo décrit le château à travers un point de vue interne, et les verbes de perception la véritable métamorphose qui lui apparaît : le château prend la forme d'un visage, une tête de...
tracking img