Le chef-d'oeuvre inconnu

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  • Publié le : 30 mars 2011
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Le Chef-d'oeuvre inconnu, H. de Balzac

Introduction :
Le Chef-d’œuvre inconnu (1831) est un très bref roman de Balzac, une oeuvre de jeunesse qui, tout en témoignant de l'ambition réaliste de l'auteur, révèle également de sa part un goût relativement romantique pour le fantastique. Une oeuvre qui s'inscrit donc dans les préoccupations littéraires de son temps. Cet ouvrage relate lesaventures fictives de personnages inventés ou historiques, comme Nicolas Poussin et maître Porbus, appartenant de près ou de loin au monde des artistes peintres du XVIIe siècle. Il s’agit ici d’un texte descriptif constituant une pause dans le récit. Balzac nous présente la première rencontre avec celui qui va se révéler le véritable héros de l’histoire, le peintre Frenhofer, épris d’absolu et torturépar cet élan mystique. Si la tonalité première est évidemment réaliste en raison de la précision et de l’accumulation des détails, très vite, Balzac suggère que cette apparence riche et soignée pourrait cacher des forces obscures, ce qui nous fait ainsi passer au registre secondaire fantastique.
Comment ce passage offre-t-il un portrait saisissant de Frenhofer?
Nous verrons d'abord commentBalzac se livre au portrait réaliste et en mouvement d’un riche vieillard avent de constater que cet étrange personnage inquiète le jeune homme qu’il croise. Nous observerons enfin combien les caractéristiques du lieu favorisent l’ambiguïté.

I – Le portrait en mouvement d’un riche vieillard
La scène se déroule dans une cage d’escalier. La rencontre est vécue selon le principe du défilé. Unpersonnage immobile voit arriver vers lui un marcheur qui s’approche jusqu’à ce que les regards puissent se croiser avant que le passant ne s’éloigne dans l’autre sens. Nicolas Poussin voit « monter » un « vieillard ». Ce qu’il peut percevoir en cet instant est l’habillement du visiteur.
Notons alors une focalisation interne car le personnage rencontré est vu, apprécié par le jeune peintre.Ce dernierrelève de loin deux caractéristiques majeures : la « bizarrerie » et la « magnificence » de la tenue. En d’autres termes, il relève la richesse et la beauté des habits, mais aussi leur aspect suranné (démodé, désuet). Ce qui frappe le jeune peintre est le rabat de dentelle ouvragée (cité deux fois), le « pourpoint noir » et la « lourde chaîne d’or ». Le visiteur porte de manière ostentatoire (misde manière excessive) des objets de prix en même temps qu’appartenant au goût vestimentaire d’une autre époque.
Ces signes extérieurs de richesse en même temps que l’allure décidée sont immédiatement interprétés : ce vieillard ne peut être qu’un « protecteur ou l’ami du peintre ». En effet, quel personnage distingué pourrait accepter de venir se perdre dans la compagnie d’artistes sans êtrelui-même un admirateur désintéressé ou mieux un mécène éclairé ? L’importance du personnage est soulignée par un rythme ternaire, signe d’équilibre, qui en impose au jeune peintre en quête de notoriété : « la bizarrerie de son costume », « la magnificence de son rabat de dentelle » et « la prépondérante sécurité de la démarche ».
Il n’est pas étonnant que par déférence un peu obséquieuse (extrêmementpolie) ou impressionnée, le jeune homme s’écarte pour laisser le passage à son aîné. Il est alors dans d’excellentes dispositions à l’égard du visiteur en « espérant trouver en lui la bonne nature d’un artiste (ce qui renvoie indirectement à la fierté ambitieuse du jeune peintre) ou le caractère serviable des gens qui aiment les arts  ».

II – Un homme qui inquiète Nicolas Poussin
Lorsque levieillard passe devant lui, Nicolas peut dévisager son homologue. Les traits relevés démentent inexplicablement la première impression favorable. Le jeune homme se comporte en artiste en manifestant sa « curiosité », c’est-à-dire son attrait pour ce qui sort de l’ordinaire, ce coup d’œil perspicace prompt à dégager la nouveauté. Dans cette conduite, Balzac prête à son personnage une conception...
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