Le chiasme - merleau ponty

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Laetitia LUCIDE - 2e Année de Master Recherche Philosophie spécialité Psychanalyse – Mai 2009

«  L’énigme tient en cela que mon corps est à la fois voyant et visible. Lui qui regarde toute chose, il peut aussi se regarder et reconnaître dans ce qu’il voit alors l’ « autre côté » de sa puissance voyante. Il se voit voyant, il se touche touchant, il est visible et sensiblepour soi même ».
Merleau-Ponty, « L’œil et l’esprit », Chapitre 2

« Phénoménologie et Psychanalyse ne sont pas parallèles. C’est bien mieux ; elles se dirigent toutes deux vers la même latence. Voila comment nous définirions aujourd’hui leur parenté, si nous avions à reprendre la question »[1].

Cette recherche d’un point de convergencetraverse toute la pensée Merleau-pontienne, notamment lorsque le philosophe met en avant la figure de l’empiètement, qu’il élabore en réponse à l’échec de l’empirisme et de l’idéalisme à rendre compte de l’expérience perceptive telle qu’elle a effectivement lieu.
A cette occasion, Merleau-Ponty déclare que l’impression pure, point de départ des empiristes, est tout aussi illusoire que leséléments abstraits relevant plus du jugement, sur lesquels se base les intellectualistes, et que ce qui est premier, en réalité, c’est la complexité du sentir.

L’illusion dont sont victimes ces deux doctrines tient en fait d’une méprise plus profonde ; La perception relève de bien plus que d’une action mécanique du corps d’une part, ou de l’intellection, d’autre part.
En explorant lanotion Merleau-pontienne de Chiasme, nous tenterons de comprendre comment la perception s’opère, en réalité, et surtout, ce qui se joue par et en dessous d’elle, et qui renferme toute l’énigme de l’humain, de son rapport à lui-même et de son rapport au monde.

Le mot « chiasme » désigne, à l’origine, une figure de rhétorique qui consiste en un entrelacement de termes qui apour effet de « souligner deux réalités ou de renforcer une antithèse »[2], ce lorsque la simple symétrie de ces termes crée une opposition entre les deux propositions de la phrase. (Par exemple, il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger).
Dans la pensée merleau-pontienne, le corps est le lieu d’un chiasme où s’entrelacent le voir et le mouvoir ; Développons.

Le sujetde la vision, dit Merleau-Ponty, ce n’est pas l’esprit, ou l’entendement, mais bien le corps. Il ne s’agit pas d’un corps objet, entièrement saisissable, en puissance ; Il ne s’agit pas d’un volume occupant une étendue géométrique, et dont les mouvements sont réductibles aux vecteurs de déplacement d’un volume dans un espace orthonormé. Il s’agit de mon corps propre, opérant et actuel. Mon corps.L’expression de mon existence, dont le comportement est irréductible à une simple réaction à un stimulus extérieur.
Par définition donc, mon corps est mobile. Condition nécessaire au mouvement, la vision délivre un panel d’informations me permettant de me diriger dans le monde visible dont mon corps fait partie. Sans cette précédence du voir, nos mouvements ne seraient que réactionsmécaniques, ou tâtonnements jusqu’à l’impact avec tel ou tel obstacle de notre environnement.

Mais alors même que le mouvement dépend de la vision, l’inverse vaut également ; car je ne peux regarder que ce vers quoi mes yeux se meuvent… donc ce vers quoi mon corps tend. De fait, pour passer de la sensation passive de voir à l’opération active de percevoir, il faut qu’il y ait intervention del’esprit, une intention, un mouvement volontaire du corps vers l’objet perçu. Sans cette capacité de se mouvoir, la vision ne serait qu’un flou, un arrêt sur image sans mise au point.

Finalement, la vision ne serait pas ce qu’elle est sans la capacité du corps à se mouvoir, de même que le mouvement serait désorganisé si la vision ne le précédait pas. Le corps est donc, disions nous, un...
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