Le cid de corneille

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1552 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le comte n'est pas très fier, il sait qu'il a fait une bêtise:
"Mon sang un peu trop chaud s'est trop ému d'un mot et l'a porté trop haut", avoue-t-il à l'envoyé du roi venu le sermonner (II, 1).
une difficile rencontre!



Mais il n'est pas question pour lui de le reconnaître officiellement, de faire un pas vers Don Diègue, encore moins de s'excuser. L'affaire est close, il varentrer chez lui à larges enjambées, et oublier au plus vite cet épisode peu glorieux.
A ce moment-là (II, 2): "A moi, Comte, deux mots".

Qui diable peut l'interpeller aussi cavalièrement? Aïe! c'est le petit Rodrigue!

S'il y a quelqu'un que le comte ne souhaite pas rencontrer en ce moment, c'est bien le fils de Don Diègue. Pourtant, impossible de l'éviter. Il va se débarrasser de lui sanstraîner, en répondant aussi brièvement, aussi froidement qu'il le pourra.

Quels sont, en face de lui, les intentions et les sentiments de notre jeune ami? Nous le savons "gonflé à bloc" et décidé à obtenir réparation coûte que coûte. Il doit absolument empêcher le comte de "filer", d'où cette vive interpellation, qu'il n'aurait jamais osée avant cette affaire. Il doit l'arrêter, éveiller son intérêtet l'engager dans une explication sérieuse, qui normalement l'amènera à accepter le duel.

Nous allons donc assister aux efforts opposés des deux personnages, l'un s'efforçant d'esquiver une conversation à laquelle l'autre tient, et dans un but précis.

Voilà l'occasion de remarquer qu'une vraie scène dramatique, dans le théâtre classique, c'est une lutte entre des intérêts divergents. Lesconfidences, les récits, qui ne font pas avancer l'action, mais sont nécessaires pour notre information, ne sont pas dramatiques (drama= action, en Grec).

Le comte toise le garçon et laisse tomber un "parle" si majestueux qu'il devrait suffire à l'intimider. Mais, au lieu de se laisser démonter, celui-ci va se permettre de tutoyer le grand personnage:
"ôte-moi d'un doute... connais-tu...
...Parlons bas, écoute".

Cette courte phrase apparemment anodine porte une forte charge dramatique et émotionnelle. Rodrigue y pousse l'audace jusqu'à traiter Don Gomès en égal, cet impératif "parlons", à la première personne du pluriel, les lie déjà comme deux complices, car c'est de Chimène qu'ils doivent ensemble se cacher. On la devine toute proche, remplie d'angoisse, peut-être décidée às'interposer... La pièce espagnole dont s'est inspiré Corneille la montrait attentive derrière sa fenêtre, et commentant douloureusement ce qu'elle pouvait saisir de la conversation. Notre auteur s'est refusé ce moyen d'émotion trop facile et l'a seulement suggéré, se montrant là vraiment classique.

Il y a aussi une signification politique, il faut se cacher parce que le roi d'Espagne, qui veut voirl'affaire Don Diègue se dénouer par une réconciliation, verrait un duel d'un très mauvais œil: indirectement, l'auteur apporte son soutien à la campagne menée par Richelieu contre cette pratique désastreuse qui décimait la noblesse.

Il est temps aussi de nous demander où se passe l'action, quel lieu permet à chacun de dire ainsi tous ses secrets. Eh bien , nous dira Corneille, c'est "dansSéville", mais suivant les nécessités, on se trouve chez Chimène, ou chez le roi, ou sur une place, ou dans une rue... Nous n'en sommes pas encore, vous le voyez, à la stricte unité de lieu, dans un local précis, telle qu'elle sera bientôt appliquée.

*

Maintenant que Rodrigue a pu arrêter le comte, il va tenter, de lui faire réaliser sa faute :

"Sais-tu que ce vieillard fut la mêmevertu,
La vaillance et l'honneur de son temps, le sais-tu?"

Dans ces deux vers teintés de reproche: "sais-tu... le sais-tu?" le mépris qu'affichait le comte pour "ce vieillard", est moralement effacé par la vibrante admiration du fils: "la même vertu (le courage même), la vaillance et l'honneur de son temps".
Comme il est émouvant, cet éloge! Il ne tire pourtant du comte qu'un "peut-être"...
tracking img