Le cid

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1078 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
DON FERNAND Généreux héritier d'une illustre famille, Qui fut toujours la gloire et l'appui de la Castille, Race de tant d'aïeux en valeur signalés, Que l'essai de la tienne a sitôt égalés, Pour te récompenser ma force est trop petite ; Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite... Le pays délivré d'un si rude ennemi, Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi, Et les Maures défaits avantqu'en ces alarmes J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes, Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi. Mais deux rois tes captifs feront ta récompense : Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence. Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur, Je ne t'envierai pas ce beau titre d'honneur. Sois désormais le Cid; qu'à ce grandnom tout cède; Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède, Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois. 
DON RODRIGUE Que votre majesté, sire, épargne ma honte. D'un si faible service elle fait trop de conte, Et me force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votreempire Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire ; Et quand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet. 
DON FERNAND Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec le même courage ; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit point de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moiplus au long la véritable histoire. 
DON RODRIGUE Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant, Qui jeta dans la ville un effroi puissant, Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée... Mais, sire, pardonnez à ma témérité, Si j'osai l'employer sans votre autorité : Le péril approchait ; leur brigade était prête ; Me montrant à la cour, je hasardais ma tête. Ets'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous. 
DON FERNAND J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'État défendu me parle en ta défense : Crois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis. 
DON RODRIGUE Sous moi donc cette troupe s'avance, Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmescinq cents ; mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage ! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés ; Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure, Se couche contreterre, et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même, Et se tenant cachée, aide à mon stratagème ; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; L'onde s'enfle dessous, et d'un commun effort LesMaures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer ; tout leur parait tranquille ; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris ; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux maisn qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussonsjusques au ciel mille cris éclatants. Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvante les prend à demi descendus ; Avant que de combattre ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre, Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant...
tracking img