Le cinema militant francais

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  • Publié le : 15 décembre 2010
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"Un cinéma militant qui braille et qui gueule, un autre qui murmure"(ou les voix militantes du off)  
    La mine paysage dure et sombre où la poussière recouvre tout, la mine décor de roman, prétexte à belle image, source inépuisable d'effets faciles… Mais la mine qu'est-ce encore ? C'est surtout et avant tout des hommes (…). Ces hommes meurent jeunes parce qu'ils sont imprégnés de lapoussière du charbon qui, moi après mois, ronge leurs poumons.    Juste après un carton sibyllin sur fond noir[1], accompagné par une musique dramatisante, se succèdent quelques plans de paysages miniers et de mineurs au travail, et déjà se déversent ces paroles en un flot ininterrompu, parfaitement articulées et clamées, au ton et au contenu eux-mêmes dramatiques. Le modèle narratif de La grande lutte desmineurs est celui des actualités filmées, mais il s'agit ici d'actualités ouvrières ou prolétariennes, de conte-actualités, qui rendent compte de la tension du contexte sociale et politique nationale (la terrible grève des mineurs français en octobre 1948) et internationale (la guerre froide). L'ouverture de ce film collectif est brutale et le rythme va cependant crescendo : une constructionclassique, ternaire, rappelle d'abord les sacrifices récents des mineurs et les raisons de la grève, la partie centrale suit le déroulement de celle-ci en insistant sur les violences de la répression, et le film s'achève enfin par un appel enflammé, au peuple et à la solidarité… Par le verbe, l'image et le son, tout concourt dans ce film d'agit prop' à interpeller le groupe de spectateurs. La mort etla violence sont partout présentes : images de mutilés et d'accidentés du travail, images d'armes et d'affrontements, commentaire précisant que pour les mineurs espagnols antisfascistes menacés d'expulsion, «l'expulsion, c'est la mort».    Tourné en son muet, les monteuses son et images ajoutèrent non seulement la musique et ce commentaire qu'elles écrivirent en toute urgence sur un coin de tablemais aussi une kyrielle de sons signifiants : cris, brouhaha, tirs de mitrailleuses (et même une vocifération japonaise passée à l'envers)[2]… La grande lutte des mineurs, avant que ne résonne une puissante Internationale, lâche ses dernières paroles, en les criant presque, alors que défilent des manifestants qui semblent déborder de l'écran  :     Prenez-garde, tremblez profiteurs et vendus, lepeuple vaincra ! Il passera sur tout, sur vos chiens, sur vos tanks, sur vos mitrailleurs ! Il passera, que vous le vouliez ou non, parce qu'il est le Progrès, parce qu'il est l'Avenir, parce qu'il est la Vie même !    L'image s'arrête, l'Internationale résonne encore, le cercle élargi des spectateurs rassemblés par et pour la cause, famille de militants venus en famille, applaudi et peut-êtrereprend le chant révolutionnaire… La parole continue, un orateur explique et martèle. A la sortie de la salle, plus souvent la salle d'une bourse du travail, d'une maison du peuple ou d'une grange  qu'une salle de cinéma, la foule militante ou sympathisante, galvanisée, verse son obole dans le drapeau de la solidarité, pour la grève si elle n'est pas fini, pour les victimes de la répressionpuisqu'elle sera perdu.     Incontestablement, une large part du cinéma militant est bavard. Il fut même bavard alors qu'il était encore muet. Avant la première guerre mondiale, que ce soit sous forme d'introduction savante ou de fête révolutionnaires, les tribuns se succédaient, précédaient toujours, accompagnaient parfois et concluaient systématiquement l'image, tandis que se suivaient égalementintermèdes musicaux et dramaturgiques (évidemment les orchestres et harmonies pouvaient aussi illustrer les images). Avant-même la forte influence des actualités filmées des années trente et des speakers, le modèle initiale est donc celui de l'orateur-militant. L'image (elle peut être belle) est donc au service du texte et du propos.    Sous cet angle, il nous semble donc hardie de classer le cinéma...
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