Le coche et la mouche jean de la fontaine

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  • Publié le : 20 mars 2011
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Au seul examen du titre, Le Coche et la Mouche, cette fable met en scène deux protagoniste disparates : la mouche, insecte minuscule, et régulièrement présenté comme vantard (voir Le Lion et le Moucheron), et un moyen de transport vaste et lourd, qui, par métonymie, réfère aussi aux voyageurs qu’il transporte ; du point de vue référentiel, ces deux protagonistes relèvent d’univers de discoursdifférents. Ainsi, la conjonction et prend-elle une valeur adversative car l’association qu’elle instaure accentue le contraste entre les deux substantifs qu’elle conjoint syntaxiquement.

Cet aspect disparate fondera notre examen de cette fable : quant à la disjonction comme procédé de la variété, comme l’un des fondements de l’humour, de la " gaieté " de cette fable dont l’apologue, sous laforme d’une maxime, portrait un comportement social critiquable.

La vivacité de la fable provient de sa variété.
Cette vivacité se fonde en premier lieu sur le contraste entre la situation initiale (vers 1 à 5) et le vers 6. Les deux premiers alexandrins procèdent en effet à une accumulation emphatique, ne mentionnent qu’un circonstant de lieu, et provoquent ainsi un effet d’attente :

Dansun chemin montant, sablonneux, malaisé,

Et de Tous les côtés au soleil exposé,

Le premier hémistiche, avec l’allitération en m et les trois nasales qui se succèdent (in, on, an), et l’emploi de la préposition dans, semble illustrer la difficulté du trajet. Le terme de " chemin " diffère de celui de route : il réfère à la matérialité d’une voie de circulation, mais non à son aménagement ; etla préposition dans semble en faire un " chemin creux ", voire un chemin se creusant… L’énumération montant, sablonneux, malaisé caractérise de façon progressive le chemin : montant, avec la valeur progressive de l’adjectif verbal, réfère à la pente du " chemin ", du point de vue de l’effort du groupe qui le parcourt ; sablonneux réfère assez concrètement au matériau qui constitue le chemin, maisle point de vue précédent informe cet adjectif, et en sélectionne les sèmes afférents qui réfèrent à la difficulté de circuler sur un sol qui s’enfonce, malaisé semble conclusif, tout en insistant sur la notion de difficulté à circuler sur ce chemin, qu’il explicite. Métrique et rythme illustrent cette difficulté à circuler : la césure à l’hémistiche est certes respectée, après montant, mais lasyntaxe l’atténue en associant les trois épithètes, constituant ainsi, pour une " lecture à l’œil " soit un alexandrin continu qui par sa longueur même transcrit le point de vue du Coche, soit au contraire, si l’on prend en compte l’ensemble des coupes, un vers en 4 - 2 - 3 - 3, aussi saccadé que le piétinement de l’effort des chevaux. Cet alexandrin est " prolongé " par le suivant, qui lui estcoordonné, et qui adopte aussi le point de vue du Coche, comme l’indique le double déterminant de tous les côtés. A la totalisation à laquelle réfère tous s’ajoute, en une perspective qui la démultiplie, l’actualisation par l’article défini (à comparer, pour ce vers, avec : de tous côtés). Le rejet au second hémistiche du syntagme prépositionnel au soleil exposé, lui-même régressif en sa "construction ", clôt l’énumération et place à la rime le participe employé comme adjectif qualificatif, en épithète détachée. Du point de vue sémantique, exposé, associé par la rime à malaisé, retrouve presque sa valeur d’emploi militaire (le soleil ne darde-t-il pas ses rayons ?), ajoutant à la difficulté inhérente au chemin celle d’assauts extérieurs : le topos de l’insécurité (voleurs de grand chemin)serait-il ici évoqué par une discrète allusion ? La longue accumulation des deux premiers vers trouve sa " résolution " au vers 3, en un octosyllabe : Six forts chevaux tiraient un Coche. Du point de vue rythmique, l’effet d’attente se présente ainsi : 24 syllabes - 8 syllabes ! Mais l’effet d’attente se prolonge en deux alexandrins, équivalant chacun à une phrase syntaxique, et comportant, en un...
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