Le conte d'hiver de william shakespeare

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  • Publié le : 13 novembre 2011
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Cette pièce embrasse un intervalle de seize années ; une princesse y naît au second acte et se marie au cinquième. C'est la plus grande infraction à la loi d'unité de temps dont Shakspeare se soit rendu coupable ; aussi n'ignorant pas les règles comme on a voulu quelquefois le dire, et prévoyant en quelque sorte les clameurs des critiques, il a pris la peine au commencement du quatrième acte,d'évoquer le Temps lui-même qui vient faire en personne l'apologie du poëte ; mais les critiques auraient voulu sans doute que ce personnage allégorique eût aussi demandé leur indulgence pour deux autres licences ; la première est d'avoir violé la chronologie jusqu'à faire de Jules Romain le contemporain de l'oracle de Delphes ; la seconde d'avoir fait de la Bohême un royaume maritime.

Ces fautesimpardonnables ont tellement offensé ceux qui voudraient réconcilier Aristote avec Shakspeare, qu'ils ont répudié le Conte d'hiver dans l'héritage du poëte ; et qu'aveuglés par leurs préventions, ils n'ont pas osé reconnaître que cette pièce si défectueuse étincelle de beautés dont Shakspeare seul est capable. C'est encore dans une nouvelle romanesque, Dorastus et Faunia, attribuée à Robert Greene,qu'il faut chercher l'idée première du Conte d'hiver ; à moins que, comme quelques critiques, on ne préfère croire la nouvelle postérieure à la pièce, ce qui est moins probable. Nous allons faire connaître l'histoire de Dorastus et Faunia par un abrégé des principales circonstances. Longtemps avant l'établissement du christianisme, régnait en Bohême un roi nommé Pandosto qui vivait heureux avecBellaria son épouse. Il en eut un fils nommé Garrinter. Égisthus, roi de Sicile, son ami, vint le féliciter sur la naissance du jeune prince. Pendant le séjour qu'il fit à la cour de Bohême son intimité avec Bellaria excita une telle jalousie dans le coeur de Pandosto, qu'il chargea son échanson Franio de l'empoisonner. Franio eut horreur de cette commission, révéla tout à Égisthus, favorisa sonévasion et l'accompagna en Sicile. Pandosto furieux tourna toute sa vengeance contre la reine, l'accusa publiquement d'adultère, la fit garder à vue pendant sa grossesse, et, dès qu'elle fut accouchée, il envoya chercher l'enfant dans la prison, le fit mettre dans un berceau et l'exposa à la mer pendant une tempête.

Le procès de Bellaria fut ensuite instruit juridiquement. Elle persista àprotester de son innocence, et le roi voulant que son témoignage fût reçu pour toute preuve, Bellaria demanda celui de l'oracle de Delphes.

Six courtisans furent envoyés en ambassade à la Pythonisse qui confirma l'innocence de la reine et déclara de plus que Pandosto mourrait sans héritier si l'enfant exposé ne se retrouvait pas. En effet, pendant que le roi confondu se livre à ses regrets, on vientlui annoncer la mort de son fils Garrinter, et Bellaria, accablée de sa douleur, meurt elle-même subitement.

Pandosto au désespoir se serait tué lui-même si on n'eût retenu son bras. Peu à peu ce désespoir dégénéra en mélancolie et en langueur ; le monarque allait tous les jours arroser de ses larmes le tombeau de Bellaria.

La nacelle sur laquelle l'enfant avait été exposé flotta pendant deuxjours au gré des vagues, et aborda sur la côte de Sicile. Un berger occupé à chercher en ce lieu une brebis qu'il avait perdue, aperçut la nacelle et y trouva l'enfant enveloppé d'un drap écarlate brodé d'or, ayant au cou une chaîne enrichie de pierres précieuses, et à côté de lui une bourse pleine d'argent. Il l'emporta dans sa chaumière et l'éleva dans la simplicité des moeurs pastorales ; maisFaunia, c'est le nom que donna le berger à la jeune fille, était si belle que l'on parla bientôt d'elle à la cour ; Dorastus, fils du roi de Sicile, fut curieux de la voir, en devint amoureux, et sacrifiant les espérances de son avenir et la main d'une princesse de Danemark à la bergère qu'il aimait, s'enfuit secrètement avec elle. Le confident du prince était un nommé Capino qui allait tout...
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