Le corps humain : regard anthropologique.

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  • Publié le : 8 juin 2011
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Les émotions sont tissées dans l’environnement social, culturel. L’émotion n’a aucune réalité en soi, elle n’est pas enracinée dans le biologique, mais plus dans le symbolique. Il y a des émotions qui existent dans une société et pas dans d’autres, les ethnologues peinent parfois à décrire ces émotions étrangères, avec un langage et des mises en jeu corporels qui sont propres à ces émotions. Leshommes d’une même culture ne sont pas obligés de partager les mêmes émotions (qui relèvent du registre social, culturel). Les perceptions sensorielles : projections d’un prisme de sens et de valeurs sur le monde, étayées par une langue qui elle-même induit un certain registre de significations. Les sens ne sont pas des portes ouvertes sur le monde, mais un vecteur de traduction de nos perceptions.Pour voir, il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, car on projette d’innombrables valeurs, significations sur le monde qui nous entoure. Nous sommes ce que nous faisons de la culture à travers une histoire qui est toujours personnelle. La manière dont on met en scène son corps reflète la société. On observe des pratiques centrées sur le cisèlement de la présence (piercing, tatouages).

Le corps estl’instrument général de la compréhension du monde. Nous sommes notre corps. Le corps se confond à la personne, il n’est pas une chose qu’on peut dire qu’on a. Il y a des moments où nous sommes en décalage, rupture avec le corps (il s’agit là d’une expérience de dualité, pas d’un dualisme !). Ce décalage rappelle le lien indissoluble entre le corps et soi, que tout aille bien ou non (maladie,fatigue). Ce lien n’est pas transparent (douleur : sentiment d’être écrasé, trahi par son propre corps, donc par soi-même). Nous échangeons en permanence des significations connues, à l’intérieur de certaines contraintes. La nature n’existe que traduite en termes sociaux et culturels. En conséquence, il existe des limites anthropologiques infiniment variables, changeantes d’un lieu et d’un temps de lasociété humaine à un autre. On marche sur le feu (cérémonie religieuse), on soigne les brûlures en soufflant sur les plaies. Thérapie par le toucher, négociation avec les dieux (chamanisme), on libère d’un envoutement un homme qui s’acheminait vers la mort, on soigne un enfant au bord de la mort en lui greffant le cœur d’un autre enfant mort quelques heures auparavant d’un accident de la route,etc.

Chaque corps contient les virtualités d’autres corps selon les représentations qui le visent. Soigner et interpréter le corps connaissent différentes déclinaisons. Les limites de l’homme sur son environnement sont des limites de sens avant d’être des limites de faits. La nature est toujours transformée en données culturelles, pour un temps délimité. Je vous livre un chantier ici, desconstructions humaines dans l’adversité. Pour bon nombre de sociétés humaines, la notion de corps n’existe tout simplement pas. Dans la Bible, le monde hébraïque, chrétien, le corps n’est pas coupé de la personne. On ne voit pas des corps, mais des hommes, des visages, (sinon, on est schizophrène). Dans la Bible, il n’y a aucune dimension dualiste entre le corps et l’esprit. La chair est l’incarnationdu Christ, la Passion est la mise à mort du Christ, la résurrection de la chair (et non de l’âme !!!). Dans la tradition chrétienne : il s’agit d’une personne de chair quand on parle d’une personne, et pas seulement d’une âme. Dans nos sociétés, il n’existe pas d’idée d’un corps coupé de la personne qui suivrait son chemin propre. Dans la société canaque, le mot corps n’existe pas. Une langueinterprète déjà le monde. La chair est immergée dans le cosmos, interprétée à travers les objets, la faune, la flore, elle est un écho du cosmos pour les Canaques, il n’existe donc pas de séparation entre l’homme et le monde comme on peut la vivre nous, séparés du monde en étant enfermés dans notre corps. La communauté prime sur l’individuation du monde social comme nous le vivons aujourd’hui....
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