Le cure et le mort - la fontaine

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  • Publié le : 15 février 2010
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Commentaire: LE CURE ET LE MORT- LA FONTAINE

Introduction:

La Fable « Le Curé et le Mort » est inspirée d'un fait divers relaté dans deux lettres de Madame de Sévigné ; La Fontaine exploite ce fait divers en étoffant son récit de circonstances qui vont lui donner une tonalité et une signification nouvelle. On peut d'ailleurs avancer l'idée qu'il se livre à une sorte de détournementde sens, puisque rien n'indique que la personnalité du curé réel corresponde à celle qui est décrite dans la Fable. La Fontaine se livre à une satire du clergé somme toute traditionnelle dont l'étude correspondra à notre première partie. Nous envisagerons ensuite la dimension fantastique du récit pour nous intéresser enfin à sa philosophie et les rapports qu'elle entretient avec la structure dutexte.

I- La satire traditionnelle du clergé.

A- Une jubilation déplacée.

La gaieté fait son apparition dès le vers 3, avec l'adverbe « gaiement »; elle apparaît d'autant plus déplacée, choquante, qu'elle se détache d'une toile de fond funèbre et détonne par rapport à la gravité des circonstances, comme l'indiquent les parallélismes oppositionnels des deux couples d'octosyllabe, avecnotamment l'opposition des adverbes « tristement » et « gaiement ». Entre les deux premiers vers et les deux suivants, le rythme s'accélère, devient plus allègre, voire bondissant( tristement: 3 syllabes, gaiement: 2 syllabes, « ce mort au plus vite »: 5 monosyllabes).
On retrouve l'expression de cette désinvolture, de ce même manque de respect dû au mort au vers 4, avec le groupe verbal infinitif «enterrer ce mort au plus vite »: le superlatif adverbial « au plus vite » souligne l'impatience , la hâte à se débarrasser du mort, au risque d'expédier l'enterrement.
Par la suite, le curé semble manifester un zèle suspect, avec l'accumulation de 4 substantifs coordonnées, reliés par la polysyndète. Il y a une sorte de jubilation dans la manière dont La Fontaine ajoute les termes les uns auxautres, et même une troisième rime en « on », purement gratuite. On note également l'emploi de l'adjectif « maintes » et des pluriels. Les parallélismes entre les termes montrent qu'il joue tous les rôles, celui du prêtre et celui de l'assemblée.
Mais ce zèle est dévalorisé par plusieurs indices: l'adverbe « gaiement », l'adjectif ironique « dévote » et la locution adverbiale « à l'ordinaire » quidénonce le caractère mécanique , routinier des prières du curé.

B- Une cupidité sans vergogne.

Le curé dévoile le caractère intéressé de ses promesses généreuses en recourant à une tournure restrictive: il ne s'agit que du salaire: à ses yeux seules les rétributions , les gratifications en tout genre compte vraiment.
Les rôles se répartissent entre une collectivité dans laquelle il s'inclue, celle des gens d'église désignés par « on » et « nous » et représentants les prestataires de service et le « je » présenté comme le principal, sinon l'unique bénéficiaire des retombés financières.
L'évocation des services rendus reste flou avec l'adverbe « en » et l'indéfini « toute »; en revanche le curé semble tenir une comptabilité minutieuse avec la triple répétition du pronomquantitatif « tant »; les gains sont répartis en diverses rubriques évoquées dans un ordre d'importance décroissant.
On note également l'appropriation du mort considéré comme un objet personnel, avec l'utilisation du possessif « son mort ». Paradoxalement, le cadavre est valorisé avec l'emploi du verbe « couver » et la paronomase yeux/œuf rappelant la fable de la laitière et désignant une vigilance quasiamoureuse. La métaphore du trésor, terme associé à la rime avec « mort » est mise en relief par le démonstratif « ce trésor ». Le mort devient une source inépuisable de profit et le cercueil une sorte de cachette.
L'attente du curé est d'autant plus forte que le personnage mort appartient à la classe aristocratique: il est porté en carrosse, interpellé de façon respectueuse « monsieur », placé...
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