Le désir peut-il se satisfaire de la réalité?

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  • Publié le : 24 avril 2009
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Introduction
On désire ce dont on manque. C'est donc dans la privation, la déception, que le désir trouve son origine. Peut-il se satisfaire de la réalité ? On dit qu'il ne faut pas prendre ses désirs pour la réalité, car celle-ci ne correspondra jamais aux exigences des premiers : c'est ce qui la distingue du fantasme. Il convient donc de s'interroger sur les raisons de cette différence, leseffets qu'elle produit et sa résolution possible. Si la réalité ne répond pas immédiatement à notre désir, faut-il la transformer, ou se changer soi-même pour ne plus être déçu ? Le désir n'est pas le besoin : il peut se porter au-delà et devenir une passion. Son insatisfaction est alors plus irrationnelle que réelle, subjective plutôt qu'objective, et met en cause notre imagination plutôt que lanature même des choses.
La sagesse ne serait-elle pas de limiter le désir au besoin ? La réalité suffit-elle à y répondre ? Que peut-on désirer au-delà ? Pourquoi vouloir la dépasser ? La perpétuelle insatisfaction du désir doit-elle nous faire viser une réalité plus haute ? Avons-nous une destinée plus élevée ? Qu'est-elle dans ce cas et qu'est-ce que le réel ? Il s'agit donc de s'interroger sursoi-même au travers de ses désirs et de leur insatisfaction chronique. Si la réalité ne leur suffit pas, il faut se demander d'où ils viennent et qui nous sommes pour les éprouver. La satisfaction étant le début du bonheur, il s'agit finalement de savoir si l'on peut vivre heureux ici-bas. Peut-on se satisfaire de ce qui est ? Que voulons-nous vraiment ?


I. La réalité n'est pas ce que l'oncroit
Le désir ne peut se satisfaire de la réalité selon Platon, parce qu'il a pour objet l'éternité. Il naît du manque, de l'insatisfaction. Le philosophe qui le personnifie dans le Banquet sous les traits d'Éros, en lui inventant un père et une mère, nous dit qu'il est si insatisfait qu'il ne se satisfait même pas de son insatisfaction : à peine né, il veut se supprimer et vise son contraire,l'abondance, opposée au manque qui le génère. Il veut se dépasser, se transcender, et n'est jamais satisfait de ce qu'il est. Il est toujours en mouvement vers son opposé et renaît ainsi, sans cesse, de façon cyclique. Il ne lui suffit pas en outre d'avoir été satisfait une fois dans le passé, ou de l'être à présent : il veut l'être à l'avenir, de façon durable. C'est d'abord une question de temps.Le bonheur réside dans la satisfaction perpétuelle, non ponctuelle du désir insiste Platon. Ce que l'on veut, ce n'est pas seulement être heureux. C'est l'être toujours. C'est à l'éternité que nous aspirons en réalité nous dit le philosophe. Étant mortels et éphémères, nous en sommes naturellement privés. C'est donc notre manque essentiel et c'est elle que nous visons au travers de chacun de nosactes, décisions ou souhaits. Ce désir peut-il être satisfait ? Les mortels peuvent-ils connaître ce bien immortel ? Ou doivent-ils en faire leur deuil ? Le désir d'éternité n'est pas une chimère répond Platon, car il existe un monde intelligible au-delà du monde sensible. Les idées et les formes mathématiques qui structurent selon lui le sensible, ne sont pas éphémères et changeantes comme leschoses dont elles sont les modèles éternels et immuables. Elles existent en elles-mêmes, indépendamment des objets qui n'en sont que des reflets, des copies, des images projetées. Le paradoxe veut donc qu'il n'existe pas un, mais deux mondes selon notre auteur, et que la réalité ne soit pas là où on l'imagine. Le monde sensible est celui des apparences, des copies multiples et changeantes naissantescomme des ombres par projection ; le monde intelligible est celui des essences, des idées et des formes mathématiques qui constituent la vraie réalité, l'original dont l'autre n'est qu'une copie.
Ce dédoublement du réel n'offre finalement pas un, mais deux objets au désir en plaçant celui-ci à la croisée des chemins, devant un choix. Se tournera-t-il vers le sensible ou l'intelligible ?...