Le diable amoureux

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 15 (3726 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le diable amoureux a été publié en 1772. La fin du 18ème siècle, siècle des Lumières, semble alors se caractériser par un étrange paradoxe: le triomphe de la raison s'accompagne d'un interêt prononcé pour tout ce qui s'oppose à elle: illuminisme, mysticisme, doctrines ésotériques... Jacques Cazotte est parmi les écrivains de l'époque celui qui, sans doute, illustre le mieux ce paradoxe, notammentdans Le diable amoureux.
En effet, Le diable amoureux est, par certains côtés, une oeuvre très ancrée dans son siècle, c'est à dire dans les goûts et l'état d'esprit de son époque. Mais par d'autres côtés, c'est une oeuvre très éloignée du rationalisme philosophique dominant du 18ème siècle. Cette oeuvre veut se distinguer de l'esprit des philosophes et finalement, Le diable amoureux est assezproche de la littérature de l'étrange qui se développe à la fin du 18ème siècle contre l'omniprésence de la raison.
Dans cette analyse, je souhaiterais montrer que Le diable amoureux, de par son énigme et sa signification problématique, coïncide avec la naissance du fantastique qui va s'opposer à l'esprit traditionnel, mais je souhaiterais également démontrer que l'oeuvre, de par l'élégance dustyle, le goût du badinage et le désir de plaire et de convaincre, est une synthése des genres à la mode au 18ème siècle.

Le petit livre de Cazotte fait figure d’ancêtre du genre avec cette histoire datant du XVIIIe siècle. Un jeune homme du nom d’Alvare confronté à une apparition diabolique parvient à se concilier les bonnes faveurs du diable qui, après lui être apparu sous la forme hideuse d’unchameau, prend l’apparence de la délicieuse Biondetta dont il finira par tomber amoureux. La scène est assez drôle parce que le narrateur qui est aussi le protagoniste de cette histoire ne manque de faire rire à ses dépens. Contraint d’invoquer le diable après avoir crânement affirmé que s’il le voyait il lui tirerait les oreilles, il avoue: « Jamais fanfaron ne se trouva dans une crise plusdélicate ».

Le livre est plaisant à lire comme l’est souvent la littérature du XVIIIe siècle : elle a ce je-ne-sais-quoi de léger et de pétillant (ne m’opposez pas de contre-exemple, j’en connais). J’aime aussi trouver des mots qui ont sombré dans l’oubli, comme casin qu’une note éclaircit : il s’agit d’une cabane, d’une petite maison. Le mot vient de l’italien casino, signifie petite maison et vientlui-même de casa. Littré précise : "Au XVIIIe siècle, casino n’était pas encore reçu, et on le francisait sous la forme de casin". Un autre mot pour finir. Alvare parle de "la contrainte de la cicisbeature". Une note explique encore que le mot vient lui aussi de l’italien cicisbeatura et désigne la galanterie. En français, poursuit l’auteur de la note, le cicisbea (= le galant) est devenusigisbée qui existe encore.

Alors que les théoriciens du fantastique accordent une attention particulière au Diable amoureux (1776) de Jacques Cazotte, dans lequel romantiques et surréalistes ont vu un tissu de croyances anciennes et de légendes populaires, Emmanuelle Sempère met l’accent sur le fait que ce roman, qui s’affaire à prévenir son public contre la sensualité et l’amour, condamne lesurnaturel plutôt qu’il ne lui accorde une dimension exemplaire. Elle retrace avec précision la présence du « féminin démoniaque » dans d’autres textes de Jacques Cazotte et pose que l’originalité du Diable amoureux réside dans « le doute sur la nature de l’apparition » (p. 140), lequel est source de fantastique et produit à l’époque des débats sur la métamorphose du diable. En plus de montrer que lareprésentation du surnaturel se nourrit du contexte culturel, l’auteure a le mérite d’illustrer en quoi Le Diable amoureux se distingue d’autres romans en ce qu’il fait intervenir la dimension surnaturelle. Toutefois, le rapprochement entre L’Histoire d’une Grecque moderne (1740) de l’abbé Prévost et Le Diable amoureux (1776) de Cazotte se révèle peu convaincant précisément parce qu’il néglige de...
tracking img