Le discours politique

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  • Publié le : 8 mai 2010
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À partir d’une analyse de portée générale du discours politique en tant que tel (dont l’auteur s’efforce de préciser théoriquement la nature, les fonctions, les contraintes, les procédés), c’est à la fois à une réflexion sur la construction des identités, tant individuelles que collectives, et à un diagnostic prudent sur l’évolution de la médiation politique – indispensable à la cohésion minimaledu « vivre ensemble » qui fait la société – dans le monde contemporain (occidental essentiellement), et corrélativement sur celle de nos identités, que se livre P. Charaudeau. Ainsi les « masques du pouvoir », sous-titre de l’ouvrage, ne sont-ils pas des paravents d’activités ni de motivations occultes qu’il s’agirait de démasquer, mais, comme sur une scène de théâtre, des figures chargées derendre lisibles et signifiants des discours, des actions, des acteurs, cet ensemble ne dissimulant pas la réalité politique, mais la constituant. De là l’importance centrale accordée, dans l’ouvrage, à la question de l’ethos1 (images des acteurs politiques construites dans et par leur discours), ainsi qu’à celle des imaginaires auxquels ces masques donnent accès – sortes de passeurs qui font que laréalité prend collectivement sens.
2 . Reflet, pourra-t-on dire, de ce que le monde politique reste encore largement « androcentrique » –(...) 2Le propos, pour être fondamental, n’est pas pour autant abstrait, la connaissance approfondie que l’auteur manifeste, ici comme dans ses précédents ouvrages, tant du discours politique que des médias, lui permettant de l’illustrer d’exemplesjudicieux, d’une manière que l’on pourra peut-être trouver parfois parcimonieuse (pp. 168-175, sur l’imaginaire de la modernité), parfois trop « orientée » si l’on exige de l’analyste (mais est-ce toujours nécessaire, et même possible ?) qu’il soit extérieur à ce qu’il étudie (bien avant que l’auteur ne se réclame d’un « socialisme réformiste » – pp. 235, n. 525 – on l’a plus ou moins deviné auchoix de ses exemples et à leur commentaire), ou trop sélective (en grande partie franco-française, et masculine2), mais qui n’en est pas moins réelle. Quant à la composition d’ensemble, l’ouvrage est conçu de manière harmonieuse et claire, en quatre grandes parties qui s’enchaînent très logiquement, suivies d’un bilan d’une cinquantaine de pages qui soulèvent la question de la « dégénérescence dupolitique », diagnostic couramment porté, mais que l’auteur n’entend pas partager sans réserve.
3La première partie, consacrée à définir le discours politique, le situe d’emblée dans un cadre praxéologique qui noue le langage à l’action, l’auteur situant sa position théorique par rapport à celles de M. Weber, H. Arendt, J. Habermas, et rappelant que si l’on gouverne dans la sphère du possible, onfédère dans celle du souhaitable : intermédiaire entre les valeurs promues et les actions effectuées, le discours politique est ainsi l’espace de persuasion qui construit et entretient la légitimité du faire politique. C’est là une sorte de contrat fondateur qu’explicite la deuxième partie, en décrivant le dispositif de communication où s’exerce la parole politique, et les stratégies qu’elleadopte par voie de conséquence, ayant un enjeu de légitimation. Cet enjeu occasionne bien entendu des dérives : le risque n’est pas nul que le jeu des médiations se réduise à un pur spectacle, et la politique à une manipulation d’opinion ; il est logé au cœur même du politique, sans être pour autant son aboutissement nécessaire. Par nature, le jeu politique est en tension permanente entre laperversité et le « mentir vrai » (formulation reprise d’Aragon : voir p. 65, p. 83), le « vrai-semblant » pouvant conduire aux faux-semblants. En tous les cas, les valeurs ne pouvant être collectivement partagées que par la médiation symbolique, il n’est en la matière point d’être sans (ap)paraître – et point d’identité sans masque. D’où la question centrale de l’image des acteurs politiques, à laquelle...
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