Le divertissement selon pascal

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  • Publié le : 23 mai 2010
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Qu'est ce que le divertissement pour Pascal ?

Pascal donne au mot « divertissement » un sens spécifique en partant de son sens étymologique latine : divertere : « se séparer, se détourner de.. ».
Il rapproche ce mot à celui qu'employait Montaigne : « diversion » en pensant aux ruses que l'homme emploie pour l'oublier de ce qui l'afflige et mieux supporter sa condition humaine.
==> Ledivertissement est le concept pascalien par excellence.

Le divertissement est une pratique d'esquive, typique de l'existence humaine. Il s'agit de ne plus penser à quelque chose quoi nous afflige, de nous détourner d'une réalité déplaisante.
Cette réalité déplaisante n'est pas un mal circonstanciel, par exemple un deuil, un échec sentimental ou professionnel. C'est un malheur constitutif de notreexistence. Notre condition est celle d'un être faible, mortel, exposé à la maladie, aux affres de la solitude, à de multiples soucis et de surcroît, privé du seul être qui pourrait le combler, entendons privé de Dieu. C'est donc celle d'un être « misérable » condamné pour supporter cette misère à tout faire pour n'y point penser.
« Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils sesont avisés pour se rendre heureux de n'y point penser » (Fragment 168).

L'homme ne peut être heureux ni dans le repos ni dans l'agitation qui fait l'ordinaire de sa vie.

→ Pourquoi ne peut-il pas être heureux dans la solitude et l'inaction ?
Il ne peut échapper dans cette situation à la conscience de son insuffisance, de sa misère, de son vide, de sa déréliction : « Rien n'estinsupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissements, sans applications. Il sent alors son néant, son insuffisance, son abandon, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir ».
Il faut donc échapper à l'ennui, au désespoir et pour cela tous lesmoyens sont bons : la chasse, la guerre, le militantisme, le travail, les conquêtes amoureuses, la conversation, l'étude du jeu, les fêtes, etc.
La notion pascalienne de divertissement désigne aussi bien les activités frivoles que les activités sérieuses car quelles qu'elles soient, l'essentiel est de ne pas penser à ce quoi nous affligerait si nous la regardions en face.

→ Alors, quelle estla fonction du désir dans l'économie de l'existence humaine ?
S'il est vrai que les hommes s'exposent à des peines, à des tracas, à des périls parce qu'ils sont incapable de rester, sans déplaisir en repos, il n'en demeure pas moins que, s'ils avaient une conscience claire qu'ils se donnent tout ce mal pour cette raison, l'agitation dans laquelle ils sont cesseraient de remplir sa fonction.Exemple : Si le joueur de tennis savait que l'application qu'il met pour bien placer la balle est nécessaire pour le détourner de l'ennui et du désespoir, si le sérieux avec lequel tout professionnel consciencieux exerce son métier apparaissait à celui-ci à ce qu'il est, à savoir un divertissement (c'est à dire au fond un jeu), nul doute que ni le joueur de tennis, ni l'homme de métier ne feraient cequ'ils font avec autant de sérieux. Et ils y perdraient l'essentiel de l'avantage que ces occupations sont destinées à promouvoir.

Ce qui nous sauve de cette lucidité délétère est la magie du désir, son imaginaire, son dynamisme. Il nous projette vers des fins que nous fantasmons comme sources de plaisir, il mobilise notre énergie, notre attention dans l'espoir de les atteindre. Qu'importe quece ne soit pas le lièvre qui intéresse le chasseur, mais la chasse ; le gain qui intéresse le joueur mais le jeu ; le salaire qui intéresse le travailleur mais le fait que la vie professionnelle lui permet de meubler le vide existentiel, l'important est de l'ignorer.
L'analyse pascalienne du divertissement nous demande donc de pointer à la fois la vanité du désir et son utilité existentielle....
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