Le double inceste chez marguerite de navarre

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  • Publié le : 7 décembre 2010
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« Le double inceste chez Marguerite de Navarre »

EXPLICATION DE TEXTE

Il importe de mettre en valeur les richesses qu’on peut retrouver dans une lecture ainsi qu’une analyse des nouvelles de l’Heptaméron de la Reine Marguerite de Navarre, que ce soit au niveau stylistique, idéologique ou psychologique. La trentième nouvelle de l’Heptaméron vient, de ce fait, nous interpeller par soncaractère réaliste (ou plutôt irréaliste) et moralisateur. Nous l’analyserons donc davantage à l’aide de ces deux mêmes aspects.

En ce qui a trait à cette nouvelle, rédigée à l’époque de la Renaissance, on sent qu’il y a un besoin chez Marguerite de Navarre de rendre le récit vraisemblable, réel, et ce, par le biais de l’énumération de lieux précis et de noms de personnages, par exemple. D’ailleurs, onremarque ceci à plusieurs reprises : « au païs de Languedoc » (p.229), « la maison d’Amboise » (p.229), « n’y avoit guerre en Itallye » (p.232), « Roy Loys douziesme » (p.229), « la Royne de Navarre » (p.232) , etc. Bref, on voit que Navarre tente d’ajouter un ton réaliste à cette nouvelle, et en fait autant lorsqu’elle affirme au début du récit qu’elle veut garder l’anonymat des personnages parpure discrétion et surtout, pour ne pas nuire à la famille concernée: « y avoit au païs de Languedoc une dame de laquelle je tairay le nom pour l’amour de sa race » . Il y a donc effectivement un effort chez la « Marguerite des Marguerites » de rendre cette histoire d’inceste stupéfiante, plutôt vraisemblable.

Pourtant, il y a sans aucun doute des éléments présents dans cette nouvelle quinous amènent plutôt à difficilement croire en la véracité des faits évoqués par Marguerite de Navarre. En effet, le caractère réaliste du récit est défié par la façon dont sont enchaînés les « incidents » (inceste, grossesse et mariage) ainsi que par la multitude d’éléments contradictoires présents dans le texte.

En effet, dans l’enchaînement des événements du premier inceste, « tout sesuccède avec la plus extrême précipitation : le départ est décidé, annoncé le lendemain de la nuit fatale, "sitost qu’il fust jour" et s’exécute "dès le matin" […] » . C’est donc précisément cette vitesse, cette impétuosité, qui vient déstabiliser le lecteur et qui, en même temps, donne un caractère invraisemblable aux événements qui sont décrits par Navarre. En ce qui concerne le deuxième inceste (lemariage pernicieux), on se doit de discuter du fait qu’il n’est conçu que par un ensemble de coïncidences des plus invraisemblables et improbables. La liste de coïncidences menant au deuxième inceste est bien longue : la mère interdit son fils de revenir à la maison à moins qu’il ne soit marié, donc « qu’il n’eust jamais à se trouver devant elle, s’il n’estoit marié à quelque femme qu’il aymast bienfort » (p.232), la mère met sa fille « en quelque maison bien loing, où elle seroit incongneue » (p.232), et « la donna à la Royne de Navarre » (p.232), chez laquelle séjournera le fils qui, par conséquent, rencontrera la fille, sa fille, et en tombera « amoureux » (p.232) . Enfin, l’ordre de la mère à son fils (se marier ou ne point revenir) entraînera le mariage d’un frère et d’une sœur, toutà fait inconscients de la fatalité de leur union. Alors c’est cette longue liste de coïncidences qui vient indubitablement appuyer l’idée selon laquelle le récit est difficilement percevable comme étant « réaliste ». D’un autre côté, il y a certaines dissidences qui se présentent dans l’histoire et qui viennent aussi appuyer ce constat.

Ainsi, tout comme Nicole Cazauran le souligne, lespersonnages principaux tels que la mère et le fils sont illustrés d’une façon plutôt contradictoire, voire même conflictuelle. C’est-à-dire que, dans le cas de la mère, par exemple, on la décrit comme étant une dévote qui « se donna du tout au service divin, fuyant entierement toutes compaignies de mondanité, tellement qu’elle faisoit conscience d’assister à nopces ou d’ouyr sonner les orgues en une...
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