Le fait et la chose

Pages: 10 (2391 mots) Publié le: 6 janvier 2013
Le fait et la chose
 
Les choses ne sont pas des faits : cette lampe n’est pas un fait. Par contre, qu’elle soit posée sur ma table en est un. Inversement la prise en compte d’un fait n’est pas celle d’une chose (par exemple cette lampe) mais de quelque chose à propos de cette chose (par exemple qu’elle soit posée sur la table). La question sera donc de comprendre l’étrange apparence desubstantialité qui caractérise le fait : étranger à nous, indifférent à nos désirs comme à nos opinions, il paraît exister en soi, dans l’évidence de son unité.
 
L’objet d’un établissement
La transcendance du fait paraît assurée. Que la lampe soit posée sur la table est un fait, singulier et unique, aussi concret que la lampe elle-même. Comme elle, il s’impose éventuellement de manière contraignante(par exemple je n’ai plus assez de place pour étaler mes notes pendant que j’écris, etc.). Comme la chose qui a son propre concept (je n’y peux rien : cet objet est une lampe et non pas un coupe-papier), le fait a sa propre identité (je vous parle de tel fait précis, pas d’un autre). Mais il faut aller plus loin en remarquant que le fait, toujours à la manière des choses, paraît transcender lespoints de vue qu’on prend sur lui, au point que son établissement peut s’identifier au recoupement des diverses perspectives. Le meilleur argument à propos de cette transcendance semble donné par Durkheim quand il prône l’outil statistique comme étant seul à même d’objectiver les « faits sociaux » dans leurs propriétés spécifiques, dont le comparatisme et la méthode des« variations concomitantes »donnera corrélativement le sens et l’identité.
Mais justement : s’il faut « traiter les faits sociaux comme des choses », c’est bien parce qu’ils ne sont pas des choses ! L’injonction méthodologique n’a de sens qu’à partir d’une distinction première qui va en quelque sorte de soi et que la constitution de l’objet scientifique doit, comme à chaque fois, mettre entre parenthèses. C’est qu’il fautbien construire un objet pour avoir quelque chose à étudier – un objet qui soit dès lors comme une chose, puisqu’une chose est une sorte d’objet donné à la conscience représentative (ma lampe est une chose, mais une attitude réflexive en fera l’objet de mon examen).
Pour que les faits acquièrent ainsi statut d’objets (et donc, rétrospectivement, de « choses »), il faut les établir. Dans la réalitédu travail scientifique l’établissement et l’objectivation ne font bien sûr qu’un, mais les significations sont différentes, puisque l’établissement est le procès d’assurance de la transcendance (que ce ne soit pas l’ideatum d’une opinion ou d’une croyance qu’on appelle « fait »), et que l’objectivation est la mise en œuvre de la méthode propre à la science dans laquelle on se situe (onn’objective pas un phénomène social comme on objective une réaction chimique) – ceci n’étant que la détermination de cela. Etablir, en ce sens, c’est s’en tenir à ce qui compte et écarter ce qui ne compte pas – le paradigme étant fourni dans cet exemple par la méthode statistique dont l’effet sera d’éliminer les écarts individuels dont on sait, à propos des « faits sociaux », qu’ils peuvent êtreconsidérables.
Or nous le demandons : établit-on une chose ? Bien sûr que non, puisque sa notion est celle d’un donné dont la déterminité soit propre ! Peut-être l’idée d’une substantialité de la chose est-elle illusoire mais cela ne change rien à sa notion : une chose qui existe en soi n’est pas un objet qui est constitué par la conscience et dont la matière est le savoir comme la matière du vase estl’argile, la forme en étant la nécessité que la subjectivité est pour soi. Par contre il faut toujours établir le fait, puisque sa notion s’entend expressément à l’encontre de l’hypothèse idéaliste c’est-à-dire à l’encontre de l’hypothèse qu’il soit un simple ideatum pour une opinion ou une croyance, même savantes ! C’est que la notion de fait, qui s’entend ainsi à l’encontre de celle de la chose,...
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