Le fils du pauvre

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Alexandre Dumas

Ascanio

BeQ

Alexandre Dumas

Ascanio
roman
Tome premier

La Bibliothèque électronique du Québec Collection À tous les vents Volume 569 : version 1.0

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Ascanio est présenté ici en deux volumes. Édition de référence : Christian de Bartillat, 1995. Préface de Dominique Fernandez. Image de couverture : Hommage à Benvenuto Cellini, Serge Ivanoff (huile surtoile).

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Ascanio
I

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I
La rue et l’atelier C’était le 10 juillet de l’an de grâce 1540, à quatre heures de relevée, à Paris, dans l’enceinte de l’Université, à l’entrée de l’église des GrandsAugustins, près du bénitier, auprès de la porte. Un grand et beau jeune homme au teint brun, aux longs cheveux et aux grands yeux noirs, vêtu avec une simplicité pleine d’élégance, et portant pourtoute arme un petit poignard au manche merveilleusement ciselé, était là debout, et, par pieuse humilité sans doute, n’avait pas bougé de cette place pendant tout le temps qu’avaient duré les vêpres ; le front courbé et dans l’attitude d’une dévote contemplation, il murmurait tout bas je ne sais quelles paroles, ses prières assurément, car il parlait si bas qu’il n’y avait que lui et Dieu quipouvaient savoir ce qu’il disait ;
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mais cependant, comme l’office tirait à sa fin, il releva la tête, et ses plus proches voisins purent entendre ces mots prononcés à demi-voix : – Que ces moines français psalmodient abominablement ! ne pourraient-ils mieux chanter devant Elle, qui doit être habituée à entendre chanter les anges ? Ah ! ce n’est point malheureux ! voici les vêpres achevées. MonDieu ! mon Dieu ! faites qu’aujourd’hui je sois plus heureux que dimanche dernier, et qu’elle lève au moins les yeux sur moi ! Cette dernière prière n’est véritablement point maladroite, car si celle à qui elle est adressée lève les yeux sur celui qui la lui adresse, elle apercevra la plus adorable tête d’adolescent qu’elle ait jamais rêvée en lisant ces belles fables mythologiques si fort à lamode à cette époque, grâce aux belles poésies de maître Marot, et dans lesquelles sont racontées les amours de Psyché et la mort de Narcisse. En effet, et comme nous l’avons dit, sous son costume simple et de couleur sombre, le jeune homme que nous venons de mettre en scène est d’une beauté remarquable
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et d’une élégance suprême : il a en outre dans le sourire une douceur et une grâce infinies,et son regard, qui n’ose pas encore être hardi, est du moins le plus passionné que puissent lancer deux grands yeux de dix-huit ans. Cependant au bruit des chaises qui annonce la fin de l’office, notre amoureux (car aux quelques paroles qu’il a prononcées, le lecteur a pu reconnaître qu’il avait droit à ce titre), notre amoureux, dis-je, se retira un peu à l’écart et regarda passer la foule quis’écoulait en silence et qui se composait de graves marguilliers, de respectables matrones devenues discrètes et de fillettes avenantes. Mais ce n’était pas pour tout cela que le beau jeune homme était venu, car son regard ne s’anima, car il ne s’avança avec empressement que lorsqu’il vit s’approcher une jeune fille vêtue de blanc qu’accompagnait une duègne, mais une duègne de bonne maison et quiparaissait savoir son monde, une duègne assez jeune, assez réjouie, et d’aspect peu barbare, ma foi ! Quand ces deux dames s’approchèrent du bénitier, notre jeune homme prit de l’eau bénite et leur en présenta galamment.
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La duègne fit le plus gracieux des sourires, la plus reconnaissante des révérences, toucha les doigts du jeune homme et, à son grand désappointement, offrit elle-même à sacompagne cette eau bénite de seconde main, laquelle compagne, malgré la fervente prière dont elle avait été l’objet quelques minutes auparavant, tint constamment ses yeux baissés, preuve qu’elle savait que le beau jeune homme était là, si bien que lorsqu’elle se fut éloignée, le beau jeune homme frappa du pied en murmurant : « Allons, elle ne m’a pas encore vu cette fois-ci. » Preuve que le beau...
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