Le gai savoir, nietzsche

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  • Publié le : 9 mars 2010
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DICTION ET FICTION
L'Art de s'évader
Dissertation littéraire générale

SUJET : Nietzsche.

Précédant les soixante trois poèmes espiègles, la préface du Gai Savoir semble annoncer un projet joyeux et cinglant. Nietzsche expose dans son ouvrages ses réflexions, point par point, titre après titre. Résolument dans la mouvance des modernes et avide de changement, il mobilise la poésie et avancececi : « Nous, nous voulons êtres les poètes de notre vie, et d'abord dans les choses les plus modestes et les plus quotidiennes ». La thèse nietzschéenne est claire : il s'agit de renouveler la vie, dans son quotidien et sa trivialité, en tant que moteur de la création. A cela s'oppose donc les prétentions romantiques ou lyriques, célébrant un au-delà aux idéaux absolus, éternels, mais doncimmobiles, et ainsi, morts, selon Nietzsche. La poésie du modeste et du quotidien se veut le contrepied des grands poètes du prétentieux et de l'exceptionnel. La poésie du concret, du présent vivant et donc du changement s'oppose alors à celle de l'abstrait, du passé mort, de l'immobilité de l'idéal. Les poètes modernes doivent avoir la volonté d'atteindre la puissance d'une création poétique, à mêmele présent vivant du monde, à même la vie.
Est-il vraiment possible de créer cette poésie qui ne prétend pas atteindre un arrière-monde, plein de beautés et de vérités cachées par les apparences, mais qui au contraire, les atteint dans la vie?
Certes, des poètes se sont lancés dans l'aventure moderne, en s'inspirant de leur quotidien dans sa dynamique vivante; mais l'esthétique classique nechante pas pour autant des idéaux sclérosant mort! Dès lors, le poète de la vie ne reconstruit-il pas lui-même de nouvelles merveilles, qui s'inscrivent malgré elles, derrières les apparences?

En effet, les poètes de la vie transforment la laideur en poésie. Baudelaire arrive en première place en transformant en or la boue du quotidien dans les Fleurs du Mal. N'hésitant pas à « plonger au fond del'inconnu pour y trouver du nouveau », il aborde tous les aspects de la vie. Dans la sections « Tableaux parisiens », des scènes modestes, du quotidien, sont célébrées : « Tu portes plus galamment / Qu'une reine de roman / Ses cothurnes de velours / Tes sabots lourds » écrit-il dans « A une mendiante rousse ». Il se revendique d'ailleurs lui-même, et clairement, moderne lorsqu'il rédige LePeintre de la vie moderne. Mais quand Nietzsche proclame sa modernité, et ici dans le Gai Savoir, il n'est pas seul. Mais ils ne sont pas seuls à transformer la laideur en poésie. Les « lettres du voyant », de Rimbaud, annoncent qu'il faut être « résolument moderne », tandis que la quête mallarméenne de l'Azur édifie un nouveau langage poétique. Le mouvement symbolique confirme plus tard la nouvelleconception, avec des textes de plus en plus ambitieux. Verlaine prétend « tordre le cou » à l'éloquence dans l'Art poétique, ouvrage qui semble théoriser le mouvement, alors en pleine essor : « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair / Plus vague et plus soluble dans l'air, / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. ». Le nouvel esprit qui habite alors la poésie ouvre unnouveau champ de possible.
Mais cette poésie moderne n'est-elle pas poussée trop loin? Avec cette révolution, le propos et le contenu du poème changent, mais aussi sa nature. La relation du poète à son travail voir l'identité profonde du poète en est alors modifiée. Cette « transmutation » comme le dit Jean Starobinski, réside dans l'expression des passions et des pulsions profondes, plutôt que dansun homme rêveur, comme il en était question durant les siècles précédent. Les surréalistes, poursuivant la démarche moderne, inventent l'écriture automatique. Ils laissent ainsi parler en eux un surréel. Les voix de l'inconscient ou d'autre voix intérieures donnent alors une substance au poème. A ces innovations s'ajoutent toutes les formes de « poésie ludique » : les calligrammes d'Apollinaire,...
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