Le grand combat h michaux

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  • Publié le : 6 décembre 2010
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André Durand présente

‘’Le Grand Combat’’
(1927)

poème de Henri MICHAUX

pour lequel on trouve une analyse

Bonne lecture !

‘’Le Grand Combat»

«Il l'emparouille et l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ;
Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;
Il le tocardeet le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écorcobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine...mais en vain.
Le cerceau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille,fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne
Et on vous regarde
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.»

Analyse

Ce poème, en vers libres mais ponctués, est le récit, bien annoncé par le titre, parfaitement explicite et bien organisé selon l’ordrechronologique, en suivant une trajectoire très nette, d’un violent corps à corps entre deux personnes, puis de la recherche d’un «secret», qui rassemble un public, mais qui est finalement éludé.
Si le poème exprime la vision du monde que se faisait Michaux, un monde de souffrance où il n’y a que des vainqueurs et des vaincus, il étonne d’abord par les mots inconnus qu’il présente, car le poète, voulantdépasser la langue commune, pratiquait une alchimie du verbe pour exprimer une agressivité dont l’objet, la nature du «Grand Combat» et du «Grand Secret», demeure finalement énigmatique.
Au premier vers, nous sommes jetés dans ce combat dont les acteurs demeurent mystérieux. Avec cette absence complète de référents que se permet la poésie, ils ne sont désignés que par deux pronoms personnels :«Il», le sujet, et «le», l’objet.
Le «il» est une force à l’identité inconnue et aux contours imprécis dont l’aspect physique est tu. Son action est exprimée, selon une syntaxe correcte, par l’accumulation de onze verbes pour six vers qui sont des inventions lexicales, des néologismes hybrides. Très proches des onomatopées, ils frappent d’abord par leurs sonorités suggestives qui créent un effet deviolence burlesque, presque rabelaisienne, leur caractère insolite évoquant des combats barbares d'un autre temps, d’incongrues, répétées et cruelles atteintes au corps d’un adversaire. Puis le lecteur cherche à rapprocher de manière logique le signifiant (brutalité des sonorités, articulations fortes, longueur des termes) du signifié (action violente suggérée par l'apparence sonore du mot). Ententant de décrypter le signe, on lui fait perdre son caractère arbitraire. Peu à peu, des significations se créent, des relations surprenantes s’établissent, et, de proche en proche, se tisse un réseau de sens possibles. En fait, il n’y a pas, parmi ces inventions lexicales, que des verbes, mais aussi des substantifs et même une locution adverbiale.
Étonnent d’abord «emparouille» et «endosque», dontla sonorité, cependant, est proche de celles de verbes familiers, «emparer» et «écrabouiller», «endosser» et «esquinter». Ainsi, «emparouille» et «endosque» seraient des sortes de mots-valises, et ne laissent aucun doute sur la violence de l’action en cours, car ils connotent l’agression, la brutalité, l’écrasement. D’ailleurs, ces deux verbes anarchiques ont-ils à peine été proférés qu’on seretrouve en terrain (c’est le cas de le dire !) connu avec les mots «contre terre», l’allitération en «k» marquant la dureté de la chute. Ce complément de lieu indique, dès la fin du premier vers, le point atteint dans le déroulement du combat. D’emblée, l'un des adversaires est donc déjà vainqueur puisque l’autre est terrassé : il a le dos «contre terre», il ne restera donc plus qu’à le réduire,...
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