Le ieux saltimbanque

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  • Publié le : 28 mars 2010
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Baudelaire : Les Fleurs du Mal : « Le vieux saltimbanque » (extrait)

Introduction • A partir du XIXème siècle, le vers mesuré et la rime ne constituent plus des critères essentiels de l’écriture poétique. Ainsi, nombre de poètes se libèrent des contraintes formelles de la poésie traditionnelle et composent des poèmes en prose Après la découverte du recueil Gaspard de la Nuit d’AloysiusBertrand, Baudelaire s’est aussi attelé au genre du poème en prose. Il écrivit Le Spleen de Paris publié en 1869 après sa mort. Avec Les Fleurs du Mal, il est considéré comme le précurseur de la poésie moderne. Quand Baudelaire a écrit les poèmes en prose, il se trouve à Bruxelles où, usé par la drogue et par l’alcool, il voit encore devant lui se fermer toutes les portes. Ce poème s’inspire directementde ses états d’âme : comme ce vieux saltimbanque qui attire l’œil du poète, Baudelaire se sent marginalisé au milieu de la ville.



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Lecture ... Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, oumontaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette fête. Au bout, à l'extrême bout de la rangée de baraques, comme si, honteux, il s'était exilé lui-même de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, voûté, caduc, décrépit, une ruine d'homme,adossé contre un des poteaux de sa cahute ; une cahute plus misérable que celle du sauvage le plus abruti, et dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, éclairaient trop bien encore la détresse. Partout la joie, le gain, la débauche ; partout la certitude du pain pour les lendemains ; partout l'explosion frénétique de la vitalité. Ici la misère absolue, la misère affublée, pour combled'horreur, de haillons comiques, où la nécessité, bien plus que l'art, avait introduit le contraste. Il ne riait pas, le misérable ! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas ; il ne chantait aucune chanson, ni gaie ni lamentable, il n'implorait pas. Il était muet et immobile. Il avait renoncé, il avait
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abdiqué. Sadestinée était faite. Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s'arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère ! ...

Etude

I/ La solitude dans la foule
Un contraste rend plus douloureuse la solitude du pauvre saltimbanque.

1/ D’une part, la fête et sa foule

L’impression de grand nombre, de cohue est donnée par : • • les mots àsens collectif (« tout » « partout »), l’emploi des pluriels (« les uns et les autres », « les enfants », « leurs mères », « leurs pères »).

2/ D’autre part, celui qui est tout seul : un pauvre saltimbanque

Aux yeux du poète, la pire des solitudes est celle que l’on ressent dans la foule des grandes villes.

3/ L’utilisation de l’espace

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Elle renforce cette solitude d’uneimpression d’exclusion. D’une part, l’espace occupé par la fête dont l’évocation est scandée par une rime intérieure en « tout » (renforcée par l’anaphore « partout » de la troisième strophe). Et puis, une sorte de marche-frontière, un lieu dont la marginalisation est fortement soulignée (« au bout, à l’extrême bout ») par la reprise qui se résout en deux syllabes d’une sécheresse saisissante « ici ».
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Le pauvre saltimbanque – qui a été probablement lui aussi, « un escamoteur éblouissant comme un dieu », est désormais déchu, inutilisable, et de ce fait, exclu.

II/ Fête et détresse
L’univers de la fête est fait de bruits, de lumière, de mouvement, d’abondance.

1/ Le tumulte de la joie

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Il est exprimé par le vocabulaire, bien...
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