Le journalisme en perte d'autonomie

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1767 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 12 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le journalisme en perte d’autonomie
Dans les médias de Belgique et d’ailleurs, les actionnaires ou leurs mandataires exercent leur pouvoir sur les rédactions avec de moins en moins de retenue. Affaibli dans son rôle démocratique, le journaliste est réduit à sa seule valeur économique. Les pratiques journalistiques et le rôle de la presse s’en trouvent dangereusement altérés.
Ils n’enmouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Il ne s’agit pas, cette fois, des animaux malades de la peste mais des médias dont les rédactions éprouvent, comme rarement auparavant, l’effet des pressions économiques, dont la perte d’autonomie face à l’actionnaire n’est pas le moins inquiétant.
Bien sûr, la presse belge a connu, ces dernières années, des décès retentissants parmi ses titres — lesderniers frappant les quotidiens francophones de gauche — tandis que 1999 s’inscrivait comme une année noire pour les journalistes en Communauté française, avec la disparition de quelque 120 emplois |1|. Mais d’autres médias, dans le même temps, voyaient grimper leurs ventes et augmenter leurs effectifs, et des projets de presse se développaient favorablement. Aujourd’hui, aucune faillite ourestructuration douloureuse ne vient bousculer les rédactions. Des déménagements et/ou des réformes graphiques auraient dû doper les énergies. Pourtant, la morosité qui a gagné les journalistes, salariés ou indépendants, est patente.
Les serrages de vis dans les budgets expliquent pour une bonne part la dégradation morale du secteur. Au printemps dernier, Le Soir chiffrait à 750 000 euros les économiesà réaliser via des réductions de pages et moins de recours aux collaborateurs extérieurs. À l’agence Belga, les négociations s’éternisent pour la conclusion d’une convention barémique. La Libre Belgique a semé l’émoi parmi ses journalistes en reprenant davantage de papiers à La Dernière Heure, et elle a réduit de moitié la rémunération qu’elle verse à leurs auteurs indépendants. Sud Presse (LaMeuse, La Capitale, La Nouvelle Gazette, La Province, Le Quotidien de Namur, Nord-Eclair) menaçait récemment de réduire les tarifs de ses pigistes. La Dernière Heure a renoncé à déployer de nouvelles éditions régionales. Même le tranquille et discret Grenz Echo, en Communauté germanophone, a vu sa rédaction déposer un préavis d’action pour défendre le remboursement de ses frais !
La valse destêtes
À ces restrictions qui frappent durement les journalistes les plus faibles — pigistes en tête — s’est ajoutée une valse des chefs qui n’a rien fait pour restaurer le climat dans leur rédaction. En quelques mois seulement, le rédacteur en chef de L’Echo a été successivement écarté, remis en selle puis placardisé ; celui de La DH a quitté son journal pour passer au Soir Magazine. Il y remplacele rédacteur en chef démis de ses fonctions en août ; celui de La Libre Match a été transféré bon gré mal gré dans le staff de La Libre Belgique. Au Vif/L’Express, le directeur de la rédaction a été privé de ses responsabilités et le rédacteur en chef adjoint, auteur de ces lignes |2|, a été licencié. Le rédacteur en chef adjoint de La Libre est passé au Vif. Dernier épisode en date : finseptembre, le rédacteur en chef de Ciné Télé revue était congédié. Il avait 28 ans de maison. Parfois, des responsables de rédactions, maintenus dans leurs fonctions par les actionnaires, ont subi le vote de défiance de leurs journalistes, sans autre effet que la gifle symbolique. Ce fut le cas à La Libre Belgique et au Vif/L’Express.
Les motifs exacts de ces mouvements ne sont pas toujours similairesmais les pressions et le malaise qu’ils révèlent sont généralisés. On n’y verra pas qu’une simple coïncidence de calendrier, ce que confirment les situations comparables à l’étranger. En France comme en Suisse — pour rester en francophonie —, des emplois sont supprimés dans des médias importants, au nom des contraintes {text:soft-page-break} économiques. À Paris, quatre têtes, et non des...
tracking img