Le lac

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  • Publié le : 12 juin 2010
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Méditations Poétiques. (1860) Suivit de La mort de Socrate
Par Alphonse De Lamartine (1790-1869) TABLE DES MATIERES Préface. (Inédite.) Des destinées de la poésie. Adieux au collége de Belley. Discours de réception à l'Académie française. MÉDITATIONS POÉTIQUES. I. L'Isolement. II. L'Homme. III. A Elvire. IV. Le Soir. V. L'Immortalité. VI. Le Vallon. VII. Le Désespoir. VIII. La Providence àl'Homme. IX. Souvenir. X. Ode. XI. Le Lis du golfe de Santa Restituta, dans l'île d'Ischia. (Inédite.) XII. L'Enthousiasme. XIII. La Retraite. XIV. Le Lac. XV. La Gloire. XVI. La Charité. (Inédite.) XVII. La Naissance du duc de Bordeaux. XVIII. Ressouvenir du lac Léman. XIX. La Prière. XX. Invocation. XXI. La Foi. XXII. Le Génie. XXIII. Philosophie. XXIV. Le Golfe de Baïa. XXV. Le Temple. XXVI. LePasteur et le Pêcheur. (Inédite.) XXVII. Chants lyriques de Saül.

XXVIII. A une fleur séchée dans un album. (Inédite.) XXIX. Hymne au Soleil. XXX. Ferrare. (Inédite.) XXXI. Adieu. XXXII. La semaine sainte à la Roche-Guyon. XXXIII. Le Chrétien mourant. XXXIV. Dieu. XXXV. L'Automne. XXXVI. A une Enfant, fille du poëte. (Inédite.) XXXVII. La Poésie sacrée. XXXVIII. Les Fleurs. (Inédite.) XXXIX. LesOiseaux. (Inédite.) XL. Les Pavots. (Inédite.) XLI. Le Coquillage au bord de la mer. (Inédite.) La Mort de Socrate. Notes.

PRÉFACE. L'homme se plaît à remonter à sa source; le fleuve n'y remonte pas. C'est que l'homme est une intelligence et que le fleuve est un élément. Le passé, le présent, l'avenir, ne sont qu'un pour Dieu. L'homme est Dieu par la pensée. Il voit, il sent, il vit à tous lespoints de son existence à la fois. Il se contemple lui-même, il se comprend, il se possède, il se ressuscite et il se juge dans les années qu'il a déjà vécu. En un mot, il revit tant qu'il lui plaît de revivre par ses souvenirs. C'est souffrance quelquefois, mais c'est sa grandeur. Revivons donc un moment, et voyons comment je naquis avec une parcelle de ce qu'on appelle poésie dans ma nature, etcomment cette parcelle de feu divin s'alluma en moi à mon insu, jeta quelques fugitives lueurs dans ma jeunesse, et s'évapora plus tard dans les grands vents de mon équinoxe et dans la fumée de ma vie. J'étais né impressionnable et sensible. Ces deux qualités sont les deux premiers éléments de toute poésie. Les choses extérieures à peine aperçues laissaient une vive et profonde empreinte en moi;et, quand elles avaient disparu de mes yeux,

elles se répercutaient et se conservaient présentes dans ce qu'on nomme l'imagination, c'est-à-dire la mémoire, qui revoit et qui repeint en nous. Mais, de plus, ces images ainsi revues et repeintes se transformaient promptement en sentiment. Mon âme animait ces images, mon coeur se mêlait à ces impressions. J'aimais et j'incorporais en moi ce quim'avait frappé. J'étais une glace vivante qu'aucune poussière de ce monde n'avait encore ternie, et qui réverbérait l'oeuvre de Dieu! De là à chanter ce cantique intérieur qui s'élève en nous il n'y avait pas loin. Il ne me manquait que la voix; cette voix que je cherchais et qui balbutiais sur mes lèvres d'enfant, c'était la poésie. Voici les plus lointaines traces que je retrouve, au fond de messouvenirs presque effacés, des premières révélations du sentiment poétique qui allait me saisir à mon insu, et me faire à mon tour chanter des vers au bord de mon nid, comme l'oiseau. J'avais dix ans; nous vivions à la campagne. Les soirées d'hiver étaient longues; la lecture en abrégeait les heures. Pendant que notre mère berçait du pied une de mes petites soeurs dans son berceau, et qu'elleallaitait l'autre sur un long canapé d'Utrecht rouge et râpé, à l'angle du salon, mon père lisait. Moi je jouais à terre à ses pieds avec des morceaux de sureau que le jardinier avait coupés pour moi dans le jardin; je faisais sortir la moelle du bois à l'aide d'une baguette de fusil. J'y creusais des trous à distances égales, j'en refermais aux deux extrémités l'orifice, et j'en taillais ainsi des...
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