Le lai du chevrefeuille

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Les Lais de Marie de France

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Les Lais ont été écrits par Marie de France entre 1160 et 1180. Le texte est écrit en anglo-normand, un dialecte de la Normandie, parlé aussi en Grande Bretagne (car en 1066, Guillaume le Conquérant - parti à la conquête de l'Angle - est victorieux à la bataille de Hastings.) On apeu de renseignements à propos de Marie de France. On suppose qu'elle était peut-être issue d'une grande famille d'Ile de France liée au pouvoir royal et qu'elle était ainsi au service du roi Henri II de Plantagenêt, en tant qu'artiste à la cour.

La Révolution poétique du XIIème siècle

Les Trois révolutions poétiques

Marie de France se situe dans le sillage de la Révolution poétiqueinaugurée par les troubadours, au XIIème siècle. On peut dès à présent rappeler qu'il y a eu trois Renaissances au Moyen Age :
la première Renaissance se situe au IXème siècle, sous Charlemagne. Celui-ci normalise l'écriture, en établissant l'écriture dite « caroline. »
La troisième Renaissance est celle qui a lieu aux XV-XVIèmes siècles et sur laquelle nous ne reviendrons pas ici.

Notion decréation et d'adaptation

Quant à la deuxième Renaissance, c'est celle qui se déroule au XIIème siècle, à l'époque de Marie de France. Elle correspond au grand départ de la littérature. En effet, c'est à cette époque que commence à naître un esprit de création. Attention, il faut bien insister sur le fait qu'au XIIème siècle, la notion d'« écrivains créateurs » ne fait pas encore partie des schémasintellectuels. Jusqu'au XIIème siècle, on se contentait de « recopier » les grands textes de l'Antiquité latine, sans vouloir créer quelque chose de nouveau.
Mais au XIIème, et c'est le sens et l'importance de cette deuxième Renaissance, commence à naître la notion d'adaptation des oeuvres antiques. On reprend des grands textes latins que l'on traduit-adapte. Par exemple, L'Énéide de Virgilen'est pas seulement traduit, mais adapté aux valeurs morales et intellectuelles de l'époque. Il en ressort un texte nouveau, L'Énéas. Il n'y a donc pas encore d'écrivains au sens où on l'entend aujourd'hui, mais il commence à y avoir des adaptateurs de la tradition antique écrite. On adapte aussi la tradition orale. En effet, lors de cette deuxième Renaissance, on s'intéresse également beaucoup aufolklore celte, et cet intérêt va aussi transparaître dans cette littérature qui commence à naître au XIIème siècle.

On peut trouver tous ces principes que nous venons d'expliquer dans le prologue des Lais de Marie de France : le poète n'est pas un créateur, il se situe dans une tradition. Marie de France nous dit :

Custume fu as ancïens, / Ceo tes[ti]moine Precïens, / Es livres ke jadisfeseient / Assez oscurement diseient / Pur ceus ki a venir esteient / E ki apprendre les deveient, / K'i peüssent gloser la lettre / E de lur sen le surplus mettre.

Traduction de Philippe Walter : Il était de coutume chez les anciens, Prisciens en témoigne, que, dans les livres qu'ils faisaient jadis, ils s'exprimaient assez obscurément en vue de ceux qui devaient leur succéder et qui devaientapprendre leurs écrits, afin qu'ils puissent ajouter des gloses au texte.

Ce que l'on peut comprendre ici, c'est que d'une part Marie de France se situe bien dans un héritage (« les anciens »). D'autre part, cet héritage littéraire est souvent obscur, d'où la nécessité à présent (au XIIème siècle) de faire preuve d'intelligence. Cette intelligence passe par l'ajout de « gloses à la lettre, »c'est-à-dire qu'il faut ajouter du sens dans les écrits anciens, il faut les adapter.

Héritages : Antiquité latine et Folklore breton

Ainsi, les origines de l'oeuvre de Marie de France se situent dans deux pôles. D'une part dans l'Antiquité latine (à laquelle elle fait référence : Ovide pour les théories érotiques, Priscien pour la rhétorique). D'autre part dans le folklore breton.

Nous...
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