Le langage dans fin de partie

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  • Publié le : 15 juin 2010
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Introduction : Comme le dit Michel PRUNER dans Les théâtres de l’absurde « Les personnages de Beckett parlent, non parce qu’ils ont quelque chose à transmettre, mais seulement pour éviter de se taire. Leur langage est donc marqué à la fois par le vide et la peur. Il s’agit de se rassurer sur soi et sur le monde. Non d’exprimer une vérité. ». Cela voudrait donc dire que le langage n’est plus làpour signifier mais seulement pour combler le vide. Fin de partie met en scène des personnages en pleine déchéance, paralysés, raidis par l’approche de la fin. Cependant, ils continuent de parler, et même de raconter des histoires, car la parole est pour eux le seul moyen d’échapper au silence et à un temps qui n’en finit pas de s’étirer. Quel est donc la fonction et l’importance du langage dansFin de Partie ? Nous montrerons tout d’abord que ce langage est perpétuellement menacé pour ensuite monter qu’il met en scène l’homme lui-même à travers une parole qui ne cesse de dénoncer les manques et les limites de la communication humaine. Enfin nous verrons que c’est un moyen de tenir le lecteur-spectateur à l’écart d’une vision trop tragique de la pièce.

II – Un langage perpétuellementmenacé

a) Destruction du langage
Dans Fin de Partie, on remarque que le langage est perpétuellement menacé de disparaître. Tout d’abord les personnages semblent être dans une mécanique de destruction du langage. Ils poussent le lecteur à se poser des questions sur le sens des mots. « Hamm : Hier ! Qu’est ce que ça veut dire. Hier ! Clov : Ca veut dire qu’il y a un foutu bout de misère. J’emploieles mots que tu m’as appris. S’ils ne veulent plus rien dire apprends-m’en d’autres. Ou laisse-moi me taire. » (p.60). Le langage n’a donc plus aucune emprise sur le réel. Beckett continue la destruction du langage dans l’incompréhension, le non-sens : « Clov : Qui, il ? Hamm : Mais voyons ! Encore un. Clov : Ah celui-là ! Je n’étais pas sûr. », »« Hamm : veux tu que nous pouffions un bon coupensemble ? Clov : Je ne pourrais plus pouffer aujourd’hui. » (p.79-80). Il n’y a pas de réels sujets de conversation. Ainsi le spectateur est face à des dialogues incompréhensibles et saccadés qui le forcent à se poser des questions que le sens des mots. La pièce naît du silence et retourne au silence, de la pantomime au mouchoir. La scène d’exposition s’ouvre d’ailleurs sur deux monologues, signesde l’absence de communication. De même la pièce s’achève sur un double soliloque de Hamm d’abord et de Clov ensuite. De plus les personnages eux-mêmes se réduisent au silence. Hamm impose très souvent aux autres de se taire « Boucle-le », « Fais le taire ». De même, enfermer Nagg et Nell dans des poubelles c’est aussi les réduire au silence. Ainsi Beckett, à travers ses personnages cherche àdétruire le langage.

b) Refus de signifier
De même les personnages, tout au long de la pièce sont dans un refus de signifier permanent (p.47) « Signifier ? Nous signifier ! Ah elle est bonne ! ». Beckett cherche à ne donner à ses personnages qu’une seule fonction qui est celle « d’être là ». Il ne cherche pas non plus à placer Fin de partie dans un contexte spécial et s’efforce pour cela de nedonner aucune indication de temps ou de lieux. « A peu près », « Tout cela », « depuis toujours », « ça », « celui-là », « quelque chose »… Le pronom « Il » est souvent employé mais est un référent inconnu du spectateur et des protagonistes. Les personnages ne parlent pas pour signifier mais seulement pour dire quelque chose, lutter contre le silence, le vide, la peur…

c) La parole dressée contrele silence. Le langage en crise
La parole dans Fin de partie est un acte existentiel qui sert à lutter contre le silence mais il n’y a rien à dire sinon à parler ici et maintenant. Les silences sont en effet nombreux et chaque parole est une victoire contre le silence qui menace la conversation de s’éteindre. Les propos énoncés n’ont aucune fonction dramatique, ils ne nourrissent aucune...
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