Le libraire de gérard bessette : hervé jodoin, personnage indifférent ou contestataire ?

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  • Publié le : 21 août 2009
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Quelque chose de particulier se trame au Québec dans les années 50. Ce qui sera la Révolution tranquille n’apparaît pas du jour au lendemain. Une certaine énergie bouillonne déjà dans l’esprit de certains individus et à l’aube des années 60, une idée commence à rallier les gens : le Québec doit reprend la place qui lui convient. Le roman Le Libraire témoigne de ce contexte socio-historique. HervéJodoin, personnage indifférent ou contestataire ? Cette désinvolture n’est-elle pas le reflet d’une certaine contestation ? Nous étudierons tout d’abord le détachement dont fait preuve le personnage principal ; nous verrons ensuite la manière dont il conteste les valeurs établies.

Hervé Jodoin montre effectivement une certaine indifférence face à la vie. Tout d’abord, il ne semble pasintéressé aux êtres humains. Il n’aime pas les contacts avec les autres et essaie de les réduire au minimum. Il ne répond pas si cela ne lui semble pas nécessaire et réplique encore moins aux « matrones qui ont essayé de [lui] tirer les vers du nez » (p.10). Un des facteurs de choix de la buvette Chez Trefflé a été « la discrétion du personnel » à qui il a averti qu’il voulait « la paix » (p. 14). Ala librairie, il n’a aucun contact avec les trois vieilles filles qui travaillent avec lui. Ces journées se passent donc dans une « paix relative » où il doit tout de même émettre de temps en temps « un grognement ». Et quand une des employées lui demande son aide, il lui répond froidement de se débrouiller : « Ce n’est pas sa bouderie qui m’empêche de dormir… » (p. 25). Il essaie également de sedébarrasser de ses clients le plus vite possible. Il supporte la présence de sa maîtresse pour ce qu’elle lui apporte mais on voit bien qu’il désire le minimum de contact avec elle ; il se moque de ce qu’elle peut ressentir pour lui et de toute façon, il n’en voit pas l’intérêt. Et il en est de même pour tous les personnages du roman. Ensuite, Hervé Jodoin semble insensible à l’universenvironnant et aux lieux qu’il fréquente. Il choisit Chez Trefflé entre autres pour sa situation géographique car l’établissement se trouve à égale distance de la librairie et de sa chambre, seulement dix minutes de marche. Il déclare : « Comme je déteste les déplacements, je désirais me loger le plus près possible de mon travail. » (p. 9) Il choisit sa place habituelle à la taverne en fonction de son côtépratique. Il n’a en effet pas grande distance à parcourir pour aller aux toilettes : « c’est l’endroit le plus chaud et celui qui me demande le moins de déplacement quand je dois aller me soulager » (p. 12). Finalement, il éprouve une indifférence marquée à l’existence en général. Il cherche à diminuer l’ennui et l’importance des choses. La désuétude des objets, des informations, desétablissements ne le dérange nullement, que ce soit un vieux plan du village ou le journal local. C’est donc un être indifférent à tout ce qui l’entoure qu’incarne le personnage principal.

Malgré ce semblant d’indifférence, Hervé Jodoin fait figure de contestataire, à sa manière. En premier lieu, Jodoin conteste l’autorité de la parole d’autrui, qu’il s’agisse du curé, du patron ou du milieu ambiant.Peu importe son attitude, ce personnage, même s’il semble se soumettre à tout, affronte l’univers : c’est l’individu qui oppose la collectivité. À son ancien collègue Nault qui lui demande s’il aime toujours les livres, il répond avec ironie que « les livres brûlaient moins longtemps que le charbon, mais que, faute d’autre combustible, il [lui] arrivait de [s’]en servir. » (p. 21) Cet êtreantisocial est plutôt silencieux mais ces rares paroles s’expriment avec force et intelligence. Il ne parle pas s’il n’en voit pas l’intérêt mais ces répliques, même si elles sont ambiguës à force d’ironie, sont souvent cinglantes et sont toujours porteuses d’un message. En second lieu, Hervé Jodoin défie l’ordre et l’autorité cléricale : la suprématie du pouvoir religieux est dénoncée par plusieurs...