Le lion, le loup et le renard

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1492 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 décembre 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Jean de La Fontaine, Fables, « Le lion, le loup et le renard », Paris, Bibliothèque Marabout, collection Géant illustré, 1970, p.239-240.

Le siècle du roi Soleil, siècle où la culture servait à valoriser la monarchie et ses politiques, fit se développer le genre de la fable. Jean de La Fontaine est sans aucun doute celui qui participa le plus à l’éclosion de cette pratique. En analysant « Lelion, le loup et le renard », qui est le troisième texte du livre huitième des ses Fables, nous pouvons voir que le texte nourrit, par un réseau de symboles et de stylistiques, une réflexion sur la vie à la cour et plus précisément sur les courtisans.

Le sens général de la fable « Le lion, le loup et le renard » mentionné ci-haut se dégage à partir de trois articulations logiques àl’intérieur du texte. La première, allant de la ligne 1 à la ligne 7, dépeint la situation initiale. L’expression « situation initiale » est appropriée au genre étudié ici puisque la fable est un petit récit. Elle suppose donc une interrelation, une progression, entre les unités sémantiques. La fable étudiée est, à bien des égards, construite comme un tableau. D’emblée, elle amène le lecteur à poser lesyeux sur la figure centrale du récit, soit celle du lion, qui est en fait le point de fuite vers lequel tous les éléments convergent. Il s’agit d’une représentation symbolique du roi et de son pouvoir. Sans que le roi soit nommé à l’intérieur de la fable, nous pouvons supposer qu’il s’agit de Louis XIV si nous remettons l’œuvre dans son contexte historique. À première vue, ce lion n’est pas un êtreidéalisé. Au contraire, il est « décrépit », « goutteux » (ligne 2) : le personnage est décrit par un champ lexical de la maladie, du vieillissement. Malgré cela, son pouvoir absolu est manifesté, car « alléguer l’impossible aux rois, c’est un abus. » Cette litote, formulée comme une maxime, voire comme une évidence, montre que le roi peut tout réaliser, même dominer la nature ce qui est illustrépar la recherche d’un remède contre le vieillissement. Autour de ce pôle central, s’étendent les lignes d’horizon, ici, les médecins. En clef allégorique, il s’agit des courtisans. Une critique est subtilement énoncée à leur égard puisqu’ils sont présentés comme des gens qui au lieu de répondre efficacement au besoin du roi qui « manda des médecins », « il en est de tous arts. » (ligne5) Lacésure à l’hémistiche, qui sépare nettement la demande du roi et la provenance hétéroclite des courtisans, met en lumière le besoin des courtisans de se valoriser, dès que l’occasion se présente, auprès de l’autorité suprême. Autrement dit, tout moyen pour avoir l’attention du roi, qui est le moteur de l’action, est bon. La situation initiale montre ainsi la relation de dépendance qui existe entre lescourtisans et l’indispensable figure du roi.

Ces courtisans ne sont pas uniquement décrits au général, ils sont individualisés dans la deuxième unité logique, soit de la ligne 8 à la ligne 33. Dans cette partie, deux personnages sont présentés et mis en opposition par leur caractère. Ce sont, en fait, les figures de l’honnête homme, représenté par le renard, et de l’hypocrite, soit le loup,qui s’affrontent. Le renard, « qui se tient clos et coi » (ligne 9), illustre le comportement qu’il fallait avoir dans le siècle classique français. Sa retenue et sa mesure devant le roi sont mises en lumière par la juxtaposition, dans le texte, de cette attitude à celle vaniteuse et hypocrite du loup. Ce personnage est d’ailleurs qualifié de « daube » (ligne 11) par celui qui raconte, ce qui laisseentendre que le loup se met à profit aux dépens des autres. De plus, la position centrale et appositive de ce qualificatif indique que cette caractéristique est fondamentale dans la description de ce courtisan peu valeureux. Inclus dans la même unité, le discours de Renard précise véritablement les rapports entre courtisans et les rapports de ceux-ci avec le roi. Son but est de plaire au...
tracking img