Le livre agonise

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  • Publié le : 20 décembre 2010
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Le livre agonise
Noura mounib   Le : 2010-03-01

L’engouement à la 16e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) est à son comble. Plus de 700 stands nichés dans tous les coins de la Foire internationale de Casablanca exposent livres, romans et encyclopédies sous le regard curieux de centaines de visiteurs en extase. Maroc, Algérie, Tunisie, Liban, Palestine, Syrie,Egypte, France ou encore Italie étalent, non sans fierté, leurs produits et attirent les conquis de la littérature arabe et étrangère. Carrefour des belles lettres, le SIEL est le cadre parfait d’un Maroc intellectuel où se mêlent littérature, intellectualisme et lectures. Pourtant, c’est un Maroc loin de mettre la lecture sur un piédestal d’honneur, un Maroc où le pouvoir d’achat ne permet pas auxcitoyens de se permettre ce «petit luxe» qu’est la lecture. La scène se répète pratiquement dans tous les stands : les livres sont feuilletés avec intérêt mais sont rapidement remis sur les étagères à la lecture des prix.

Le SIEL, une réalité voilée

La 16e édition du Salon international de l’édition et du livre fête la lecture, les écrivains et l’édition. Toutefois, ces trois élémentsprincipaux de la littérature nationale ne vivent pas leurs plus beaux jours. Les chiffres tirent la sonnette d’alarme et les enquêtes ne sont guère optimistes. «La société marocaine n’a jamais eu la tradition de la lecture» explique Hassan Nejmi, directeur du livre. L’évaluation de l’intérêt pour la lecture est traduite en 1981 lorsque Lucile Bouissef Rekab élabore la première enquête de terrain sur cethème. En 1984, Mohamed Bennis et Ahmed Rdaouni présentent une deuxième «Enquête sur la lecture et les lecteurs au Maroc». Une troisième «Enquête sur la lecture au Maroc» est réalisée par Abdelali El Yazami sur un échantillon de lecteurs francophones. Et une autre appartient au ministère de la Culture dont les résultats sont présentés en 2001. Triste constat : un recul indéniable de la lecture auMaroc si l’on compare les résultats de ces enquêtes au fil des années. L’étude la plus récente est présentée en 2006 par Hassan Ouazzani, auteur de l’enquête «Secteur du livre au Maroc, état des lieux et perspectives» qui tire les choses au clair. Les Marocains ne lisent que 2,4 livres par an en moyenne, un sur dix n’en lit jamais aucun, 64% des répondants ayant arrêté de lire confirment quel’existence d’autres moyens d’accès à la connaissance, tels que la télévision et l’Internet qui constituent une entrave au développement des habitudes de lecture, les traduction du français en arabe restent très nombreuses… Une image flagrante corroborée par d’autres chiffres du ministère de la Culture : 900 livres seulement sont publiés dans le royaume chaque année depuis 2002 (70% en arabe et 20% enfrançais), la moyenne générale d’une première édition ne dépasse pas les 1500 exemplaires (contre 44.000 en France !) et 50% de Marocains seulement lisent annuellement entre 2 et 5 livres. Pire, le Maroc compte 243 bibliothèques publiques. 24 à Rabat et 8 seulement à Casablanca ! On n’est pas au bout de nos surprises. La fâcheuse habitude de non lecture a ses raisons que l’on marginalise. Si quelques«best-sellers» (si l’on ose les appeler ainsi) font l’exception à l’instar de «Au-delà de toute pudeur» de Soumaya Naâmane Guessous vendu à 48.000 exemplaires en vingt ans et «Tazmamart Cellule 10» d’Ahmed Merzouki écoulé à 25.000 exemplaires voilent une crise alarmante, écrivains, éditeurs et libraires dénoncent la réalité d’un secteur en agonie. «Il n’y a pas d’incitation à la lecture. Même lesmédias n’y jouent aucun rôle» dénonce Omar Salim, écrivain journaliste. «Appeler un livre vendu à 2000 exemplaires un best-seller est une honte», se désole Hassan Nejmi, directeur du livre.

Grande crise

«Quand est-ce qu’on finit cette visite ?» s’impatiente Youssef, dix ans, dont l’école organise une visite au SIEL à Casablanca. Démarche nonchalante, regard dispersé et désintérêt total,...
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