Le logos

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  • Publié le : 7 décembre 2011
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Ces quelques lignes écrites par E.R. Dodds au tout début de son livre (Les Grecs et l’irrationnel) illustrent l’immense mérite des philosophes présocratiques (philosophes ayant enseigné avant Socrate c’est à dire de la fin du 7e siècle jusqu’à la fin du 5e siècle av. J.C) qui eurent le courage de jeter les bases d’une pensée nouvelle. Pour la première fois en Occident, les cosmogonies (récitsmythiques non-rationnels censés expliquer l’origine du monde) furent contestées au profit de conceptions pouvant être qualifiées de pré-rationnelles. Empruntant le chemin des cosmologies naissantes (discours rationnel sur la formation et la structure de l’univers) le logos (du grec.: log (o) ou parole, discours, science) cessa progressivement d’être un «.récit sacré.», né de la pensée magique, pours’orienter progressivement vers des acceptions beaucoup plus proches de l’univers scientifique. Outil incontournable de la langue philosophique, le logos accompagna les diverses étapes franchies par la raison. Ce cheminement, d’ailleurs, lui valu parfois de spectaculaires régressions dont la plus dommageable fut sans aucun doute celle infligée par Jean qui, dans le quatrième évangile (1er siècle apr.J.C.), recourut à cette notion pour désigner exclusivement la parole divine. Par contre, l’inexorabilité de cette diachronie (caractère des phénomènes analysés du point de vue de leur évolution dans le temps) pose un certain nombre de problèmes en raison des divers sens qu’il revêtit. Ceci explique qu’il soit indispensable de définir préalablement le contexte philosophique (en fait, la positionde la raison) d’une période donnée avant même d’essayer de comprendre ce qu’il signifiait durant cette même période. L’une des erreurs les plus souvent commises consiste à «.se tromper d’époque.» soit en attribuant indûment notre manière de penser à des systèmes philosophiques trop anciens ou en confondant des périodes trop distinctes. A titre d’exemple, il est assez fréquent que l’on assimilel’atomisme antique (doctrine selon laquelle tout ce qui existe est matière.; toute matière étant composée d’atomes et de vide) à une science au sens moderne du terme. Bien que cette assimilation soit fort tentante, il n’en demeure pas moins que le fondateur de cette école (Leucippe ~500 av. J.-C.) et son prestigieux élève Démocrite étaient fort éloignés de la conception moderne de ce concept. En effet,leurs spéculations n’ont jamais été nourries d’observations expérimentales mais seulement d’intuitions dont on ne peut nier l’ingéniosité et, dans une certaine mesure, l’aspect prémonitoire. (A ce propos, notons que la “science” des grecs de l’Antiquité ne put jamais aboutir en raison, notamment, du grand mépris que cette époque voua à la pratique. Les tâches manuelles étaient réservées auxesclaves dont l’existence ne semble pas avoir choqué un Platon ni même un Aristote. C’est ainsi que la méthode expérimentale ébauchée par les Ioniens (penseurs du 6e siècle av. J.C. issus des cités côtières de l’Asie mineure notamment Milet et Ephèse) non seulement ne perdura pas mais tomba de surcroît en désuétude durant 2000 ans. Curieuse ironie de l’histoire, les esclaves, devenus chrétiens par lasuite, finirent par prendre le pouvoir...!) Ceci étant, la conception atomiste de la matière (Leucippe, Démocrite et, plus tard, Epicure) peut être considérée comme un matérialisme (Concernant l’époque, doctrine selon laquelle la matière est la seule réalité existante) pré-scientifique (que l’on songe à la théorie des quanta ou, encore, aux relations d’incertitude d’Heisenberg...!) Par ailleurs, etdans la mesure ou la matière est considérée comme uniquement composée d’atomes et de vide, le mouvement devient par-là même possible comme le devient également l’existence de l’être et du non-être puisque l’un et l’autre dépendent d’un grand nombre d’états intermédiaires.
 
Par contre, et pour rester dans le domaine des assimilations heureuses ou malencontreuses, considérer Parménide...
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