Le mal de voir

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  • Publié le : 26 avril 2011
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Le Mal de voir

« L’ensemble est hétérogène et même, sur un fonds commun de sensibilité et d’intelligence, contradictoire : on ne peut pas penser à la fois tout ce qui est dit ici. »

Ainsi Henri Moniot, à propos de cette édition de 1976 rassemblant quelques contributions de deux colloques organisés par Paris VII, avoue-t-il d’emblée l’échec de sa propre tentative de synthèse :« la vertu des textes réunis tenant d’abord à leur diversité et à leurs éventuelles contradictions ».
En effet, dans cet ouvrage intitulé Le mal de voir. Ethnologie et orientalisme : politique et épistémologie, critique et autocritique…, ce sont des objets d’étude et des méthodes très variés qui s’offrent au lecteur, et ce n’est qu’après une certaine perplexité que naît la réflexion qui bénéficied’un recul de plus d’une trentaine d’années.

Le premier colloque Orientalisme, africanisme, américanisme, s’est tenu du 9 au 11 mai 1974. Il présente des études retraçant les origines de disciplines comme l’ethnologie américaine, l’africanisme avec le rôle de Faidherbe au Sénégal ou l’indianisme à partir de la philologie. Mais ce sont également divers bilans des études ethnologiques qui sontproposés, notamment à propos du Brésil et de la Chine, avançant ainsi de nouvelles pistes de recherches.
Le second colloque Ethnologie et politique au Maghreb (5 juin 1975), semble quant à lui traversé par deux problématiques avec, d’une part, les propositions d’une relecture et d’une refondation des études orientalistes, et d’autre part, une attention particulière à la question de lapolitique berbère en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Notons que l’ouvrage se clôt par une intervention de Pierre Bourdieu à propos « des conditions sociales de la production sociologique », article fondamental pour remettre en perspective l’ensemble des sujets présentés.

Cette conférence présente donc trois niveaux de recherche qui s’enrichissent mutuellement : tout en se penchant sur desproblématiques de fond qui cherchent à préciser notre connaissance du fait colonial à l’appui d’exemples précis, la réflexion s’élargit ensuite sur une vision épistémologique qui cherche à remettre en question les sciences nées du fait colonial, puis sur une épistémologie de l’épistémologie si l’on peut dire, en prenant même du recul par rapport à l’activité de recherche en général, afin de mieux ensaisir les enjeux.
Nous pourrions tenter de résumer ainsi le problème qui traverse le Mal de voir : Comment lire le fait colonial aujourd’hui et quelle place accorder aux conclusions des sciences coloniales?

Après avoir montré en quoi le Mal de voir révèle le contexte de la recherche universitaire du début des années 1970 avec les débats qui la traversent, il s’agira de relire laconférence à la lumière des études actuelles pour en déterminer la portée.

I- Des conférences qui sont révélatrices du débat autour de la crise des sciences coloniales des années 1970.

Quand on parle à l’heure actuelle des débats universitaires à propos des sciences coloniales et particulièrement de l’orientalisme, un seul nom apparaît, celui de Saïd. Or, Orientalism ne paraît qu’en 1978et dans le Mal de voir déjà, on retrouve des traces d’un débat qui semble au cœur du début des années 1970. Ainsi que le constate Claudine Vidal dès le début de son intervention (p.11) : « Voici quelques années maintenant qu’ethnologues, anthropologues, spécialistes du tiers-monde pratiquent l’insulte et l’accusation réciproques, une partie d’entre eux, il est vrai, mais une partie agissante. »Le débat est lancé par Anouar Abd-el-Malek qui propose une relecture de l’orientalisme. Ce sociologue égyptien, chercheur à Paris, publie un article en 1963 intitulé « L’Orientalisme en crise » qui met directement en relation l’origine des savants et la production d’un savoir. Ainsi les travaux orientalistes ne pouvaient-ils que refléter les rapports de domination à la faveur des...
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