Le manager joueur de go

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JEAN-CHRISTIAN FAUVET MARC SMIA

Le manager joueur de go
Nouvelle édition revue et complétée

© Groupe Eyrolles, 2006, 2008 ISBN : 978-2-212-53968-4

JEU DE GO, PENSÉE CHINOISE ET PENSÉE OCCIDENTALE

Un jeu chinois plurimillénaire que l’Occident a redécouvert
© Groupe Eyrolles

En 1945, dit-on, le président Truman s’étonne des succès de Mao Tsé-toung qui remporte des victoiresmilitaires à la fois sur les Japonais et sur Tchang Kaï-chek. Des espions étudient la question et rapportent que Mao n’ignore rien des stratégies occidentales développées par Hannibal, Machiavel, Clausewitz ou le maréchal Foch, mais qu’il s’ins-

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pire davantage… du jeu de go, un jeu originaire de Chine, apparu 2 300 ans avant J.-C.! Les experts associent volontiers lejeu de go à Sun Tse, général chinois du Ve siècle avant J.-C., auteur d’un Art de la guerre traduit en anglais au XVIIe siècle. Stimulés par les succès de Mao, la lecture de Sun Tse et l’engouement des Japonais pour le jeu lui-même, les experts américains se mettent à jouer au go autour d’une table dans les bureaux protégés de la CIA. Et stupeur ! Ils découvrent que les incontournables stratégiesdirectes et indirectes enseignées dans nos écoles militaires et commerciales n’abordent et ne traitent que la moitié des problèmes du monde moderne. Sun Tse avait déjà compris les limites de ces démarches guerrières. Pour lui, le but ne consiste pas à imposer à l’autre sa volonté, mais à faire prévaloir sa vérité. Accepter l’affrontement est vulgaire et témoigne d’un manque d’imagination. Ensubstance, Sun Tse dit : «N’attaquez pas l’ennemi mais les plans de l’ennemi ; l’armée se comporte comme l’eau : elle ne s’attaque pas aux pics élevés mais pénètre par infiltration dans les soubassements de la montagne.» Le go relève de la même logique. L’Encyclopædia Universalis précise : «Plusieurs légendes chinoises relatent l’invention du jeu de go : selon l’une d’elles, l’empereur Shun, qui régnail y a un peu plus de quatre mille ans, inventa le jeu pour développer l’intelligence de son fils Sheng Kien ; selon une autre, un vassal de l’empereur Ketsu, nommé U, l’imagina au XVIIIe siècle avant J.-C. pour distraire son suzerain. En tout cas, le go était très probablement joué en Chine au début du deuxième millénaire avant notre ère.» Puis, au XIIIe siècle, il devient le jeu favori dessamouraïs japonais. Il se répand parmi les moines et atteint les marchands et les paysans. Il tient une place importante dans les cultures chinoise, coréenne et japo-

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naise. Au fil du temps, le go est devenu un maître jeu inspirant la conduite de la politique et le management des affaires.

La pensée chinoise à l’œuvre
Pour les Occidentaux,l’apport le plus significatif du jeu de go vient de son enracinement dans la philosophie chinoise qui nous présente une autre façon de voir, de penser et d’agir ici-bas. Les œuvres de François Jullien1 nous ouvrent, à cet égard, une voie royale bien différente de celle d’Aristote ou de Descartes. La culture traditionnelle chinoise, telle qu’elle se manifeste dans l’Art de la guerre ou dans la dynamique dujeu de go, diffère de la culture traditionnelle européenne. Ses détours par l’allégorie sont souvent déconcertants. Comment comprendre, en effet, une maxime comme « Le poisson pourrit par la tête» ou encore «Cacher dans la lumière»? Nos modes de raisonnement et notre habitude du discours argumenté se heurtent à une forme de pensée exprimant ses concepts sous une forme imagée et succincte. Etrésoudre cette énigme devient nécessaire dans un monde où les relations avec l’Asie sont de plus en plus fortes.

Une pensée holistique
La culture européenne est une culture analytique. L’analyse est une méthode qui vise à comprendre un objet, une idée, une situation, à partir de ses constituants. Elle établit tout d’abord des critères permettant d’identifier les composants,
1. François...
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