Le mariage de figaro acte i scene 7

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  • Publié le : 17 juin 2010
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Texte étudié :

Acte I, Scène 7

SUZANNE, CHÉRUBIN

CHÉRUBIN, accourant. Ah ! Suzon, depuis deux heures j'épie le moment de te trouver seule. Hélas ! tu te maries, et moi je vais partir.

SUZANNE. Comment mon mariage éloigne-t-il du château le premier page de Monseigneur ?

CHÉRUBIN, piteusement. Suzanne, il me renvoie.

SUZANNE, le contrefait. Chérubin, quelle sottise !

CHÉRUBIN.Il m'a trouvé hier au soir chez ta cousine Fanchette, à qui je faisais répéter son petit rôle d'innocente, pour la fête de ce soir : il s'est mis dans une fureur en me voyant ! - Sortez, m'a-t-il dit, petit... Je n'ose pas prononcer devant une femme le gros mot qu'il a dit : Sortez ; et demain vous ne coucherez pas au château. Si Madame, si ma belle marraine ne parvient pas à l'apaiser, c'estfait, Suzon, je suis à jamais privé du bonheur de te voir.

SUZANNE. De me voir ! moi ? C'est mon tour ! Ce n'est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret ?

CHÉRUBIN. Ah ! Suzon, qu'elle est noble et belle ! mais qu'elle est imposante !

SUZANNE. C'est-à-dire que je ne le suis pas, et qu'on peut oser avec moi.

CHÉRUBIN. Tu sais trop bien, méchante, que je n'ose pas oser. Maisque tu es heureuse ! à tous moments la voir, lui parler, l'habiller le matin et la déshabiller le soir, épingle à épingle !... Ah ! Suzon ! je donnerais... Qu'est-ce que tu tiens donc là ?

SUZANNE, raillant. Hélas, l'heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine…

CHÉRUBIN, vivement. Son ruban de nuit ! donne-le-moi, mon coeur.

SUZANNE, leretirant. Eh ! que non pas ; son coeur ! Comme il est familier donc ! si ce n'était pas un morveux sans conséquence. (Chérubin arrache le ruban.) Ah ! le ruban !

CHÉRUBIN tourne autour du grand fauteuil. Tu diras qu'il est égaré, gâté ; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

SUZANNE tourne après lui. Oh ! dans trois ou quatre ans, je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien!... Rendez-vous le ruban ? (Elle veut le reprendre.)

CHÉRUBIN tire une romance de sa poche. Laisse, ah ! laisse-le-moi, Suzon ; je te donnerai ma romance ; et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments, le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.

SUZANNE arrache la romance. Amuser votre cœur, petit scélérat ! vous croyez parlerà votre Fanchette ; on vous surprend chez elle, et vous soupirez pour Madame ; et vous m'en Contez à moi, par-dessus le marché !

CHÉRUBIN, exalté. Cela est vrai, d'honneur ! Je ne sais plus ce que je suis ; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée ; mon coeur palpite au seul aspect d'une femme ; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire àquelqu'un je vous aime est devenu pour moi si pressant, que je le dis tout seul, en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. - Hier je rencontrai Marceline...

SUZANNE, riant. Ah, ah, ah, ah !

CHÉRUBIN. Pourquoi non ? elle est femme ! elle est fille ! une fille ! une femme ! ah que ces noms sont doux ! qu'ils sontintéressants !

SUZANNE. Il devient fou.

CHÉRUBIN. Fanchette est douce ; elle m'écoute au moins ; tu ne l'es pas, toi !

SUZANNE. C'est bien dommage ; écoutez donc Monsieur ! (Elle veut arracher le ruban.)

CHÉRUBIN tourne en fuyant. Ah ! ouiche ! on ne l'aura, vois-tu, qu'avec ma vie. Mais, si tu n'es pas contente du prix, j'y joindrai mille baisers. (Il lui donne chasse à son tour.)SUZANNE tourne en fuyant. Mille soufflets, si vous approchez. Je vais m'en plaindre à ma maîtresse ; et, loin de supplier pour vous, je dirai moi-même à Monseigneur : « C'est bien fait, Monseigneur ; chassez-nous ce petit voleur ; renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer Madame, et qui veut toujours m'embrasser par contre-coup. »

CHÉRUBIN voit le Comte...
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