Le misanthrope

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Séquence 3 : Le Misanthrope, Acte I, Scène 2 : « la scène du sonnet », vers 305 à 373

C’est une scène assez longue. Il y est question d’espoir et d’amour. Cf. le dernier nom de la scène 1 : « espoir ».

Texte :

Oronte.
Sonnet... C'est un sonnet. L'espoir... C'est une dame
qui de quelque espérance avait flatté ma flamme.
L'espoir... Ce ne sont point de ces grands vers pompeux,
mais depetits vers doux, tendres et langoureux.
(à toutes ces interruptions il regarde Alceste.)
Alceste.
Nous verrons bien.
Oronte.
L'espoir... Je ne sais si le style
pourra vous en paraître assez net et facile,
et si du choix des mots vous vous contenterez.
Alceste.
Nous allons voir, monsieur.
Oronte.
Au reste, vous saurez
que je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire.
Alceste.Voyons, monsieur ; le temps ne fait rien à l'affaire.
Oronte.
L'espoir, il est vrai, nous soulage,
Et nous berce un temps notre ennui ;
Mais, Philis, le triste avantage,
Lorsque rien ne marche après lui !
Philinte.
Je suis déjà charmé de ce petit morceau.
Alceste.
Quoi ? Vous avez le front de trouver cela beau ?
Oronte.
Vous eûtes de la complaisance ;
Mais vous en deviez moins avoir,
et nevous pas mettre en dépense
pour ne me donner que l' espoir.
Philinte.
Ah ! Qu'en termes galants ces choses-là sont mises !
Alceste, bas.
Morbleu ! Vil complaisant, vous louez des sottises ?
Oronte.
S'il faut qu'une attente éternelle
pousse à bout l'ardeur de mon zèle,
le trépas sera mon recours.
Vos soins ne m'en peuvent distraire :
belle Philis, on désespère,
alors qu' on espèretoujours.
Philinte.
La chute en est jolie, amoureuse, admirable.
Alceste, bas.
La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable,
en eusses-tu fait une à te casser le nez !
Philinte.
Je n'ai jamais ouï de vers si bien tournés.
Alceste.
Morbleu ! ...
Oronte.
Vous me flattez, et vous croyez peut-être...
Philinte.
Non, je ne flatte point.
Alceste, bas.
Et que fais-tu donc, traître ?
Oronte.Mais, pour vous, vous savez quel est notre traité :
parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.
Alceste.
Monsieur, cette matière est toujours délicate,
et sur le bel esprit nous aimons qu' on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu'un, dont je tairai le nom,
je disais, en voyant des vers de sa façon,
qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire
sur les démangeaisons qui nous prennentd' écrire ;
qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
qu'on a de faire éclat de tels amusements ;
et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
on s'expose à jouer de mauvais personnages.
Oronte.
Est-ce que vous voulez me déclarer par là
que j’ai tort de vouloir... ?
Alceste.
Je ne dis pas cela ;
mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme,
qu' il ne faut que ce faibleà décrier un homme,
et qu'eût-on, d'autre part, cent belles qualités,
on regarde les gens par leurs méchants côtés.
Oronte.
Est-ce qu’à mon sonnet vous trouvez à redire ?
Alceste.
Je ne dis pas cela ; mais, pour ne point écrire,
je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps,
cette soif a gâté de fort honnêtes gens.
Oronte.
Est-ce que j’écris mal ? Et leur ressemblerais-je ?
Alceste.Je ne dis pas cela ; mais enfin, lui disais-je,
quel besoin si pressant avez-vous de rimer ?
Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?
Si l’on peut pardonner l’essor d’un mauvais livre,
ce n'est qu' aux malheureux qui composent pour vivre.
Croyez-moi, résistez à vos tentations,
dérobez au public ces occupations ;
et n'allez point quitter, de quoi que l'on vous somme,
le nom quedans la cour vous avez d'honnête homme,
pour prendre, de la main d'un avide imprimeur,
celui de ridicule et misérable auteur.
C’est ce que je tâchai de lui faire comprendre.

Structure du passage :

( Vers 305-314 : Oronte présente son sonnet ; réaction agacées d’Alceste.

( Vers 315-338 : Lecture du poème. Sonnet d’une préciosité conventionnelle. Réactions de Philinte et commentaires...
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