Le monde romanesque : disertation

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  • Publié le : 17 avril 2010
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Dissertation

« Le monde romanesque n'est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir profond de l'homme. Car il s'agit bien du même monde. La souffrance est la même, le mensonge et l'amour. Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin et il n'est même jamais de si bouleversants héros que ceux qui vont jusqu'àl'extrémité de leur passion. »

La citation de Camus, extraite de son essai L’Homme révolté, propose une définition assez classique de l’univers et des personnages de roman : un monde accordé au « désir profond de l’homme », qui reflète certes les souffrances, les forces et les faiblesses de l’humanité ordinaire mais dont les héros qui « courent jusqu’au bout de leur destin » et « vont jusqu’àl’extrémité de leurs passions » ont de quoi exalter et bouleverser le lecteur.
La question posée dans le sujet invite à illustrer la définition de Camus à partir d’exemples puisés, notamment, dans les grands classiques du genre romanesque, puis à la nuancer ou à la contester en se fondant sur l’évolution moderne du roman et sur certaines caractéristiques des « antihéros » romanesques.

I. Les hérosromanesques, des êtres fictifs qui vont au bout de leurs passions et de leur destin

1. Des héros pleins d’énergie et de passion…
a. Un héros romanesque est souvent conçu comme un personnage doté d’une forte personnalité, en bien ou en mal, et incarnant des grandes valeurs ou des passions extrêmes. Le roman a ainsi longtemps assumé l’héritage du genre épique et la tradition du roman de
chevaleriemédiéval.
b. Parmi les textes du corpus, Michel Strogoff figure au mieux ce type de héros sans peur et sans reproche, tandis que la Bérénice d’Aragon incarne le rare et exigeant « goût de l’absolu ».
c. La mort sacrificielle de Gavroche, dans Les Misérables, fait de « cette petite grande âme » le symbole du peuple et de la liberté assassinés.
d. Vautrin figure un fascinant héros du mal dansplusieurs romans de Balzac, dès son apparition dans Le Père Goriot.

2. … dont les romans retracent le destin exemplaire…
À partir du xviiie siècle, de nombreux romans occidentaux adoptent le schéma d’un récit d’apprentissage où les héros, au travers de leurs épreuves, comprennent non seulement le sens de la vie mais découvrent qui ils sont réellement. Le roman viserait ainsi à raconter commentl’on devient ce que l’on est.
a. À l’origine du roman de formation, particulièrement développé au xixe siècle, se trouve le roman picaresque à la mode au xviiie siècle : Lesage dans son Histoire de GilBlas de Santillane, raconte ainsi comment son héros parviendra à un idéal de sagesse et de mesure.
b. Si Julien Sorel, héros du Rouge et Le Noir, est déçu dans ses désirs d’ascension sociale, ilmourra en accord avec lui-même et ses véritables sentiments.
c. Au contraire, Georges Duroy bel ami réussit par son cynisme à accomplir son parcours d’arriviste.

3. … pour le plaisir des lecteurs en quête d’identification
a. D’après Camus, le roman nous offre l’image d’un monde proche du nôtre, « ni plus beau ni plus édifiant » mais « corrigé » selon nos désirs de voir un destin accompli,des passions vécues pleinement, des possibles réalisés sur le papier et dans l’imaginaire commun du romancier et de ses lecteurs. Ainsi peuton suivre « jusqu’au bout » l’existence mouvementée
de Manon Lescaut , d’Anna Karénine ou de Bérénice (Aurélien), dont les destins témoignent de la fatalité des passions.
b. Le plaisir de la lecture de romans tient pour une bonne part à l’identificationimaginaire du lecteur aux héros, permettant de vivre par procuration ces passions extrêmes.
c. Comme la tragédie, le roman peut aussi permettre une forme de catharsis, à l’aide notamment de l’émotion que peuvent inspirer des moments pathétiques ou des dénouements tragiques : l’agonie du père Goriot en « Christ de la paternité », le suicide d’Emma Bovary ou
encore la mort de Bérénice à la fin...
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