Le mythe de la langue univercelle

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  • Publié le : 1 septembre 2011
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La Bible nous raconte, à propos de l’origine des langues, un mythe : c’est le mythe bien connu de la tour de Babel. Dieu, pour punir les hommes qui n’arrêtent pas de se disputer entre eux, décida de diviser la langue qui, à l’origine, est la même pour tous, en de multiples langues. A partir de l’origine idéale, celle d’une langue universelle, qui est aussi, on le voit, l’idéal d’une humanité uneet unie, on en est venu à une pluralité, semble-t-il irréductible, des langues. Chaque nation a dorénavant sa propre langue.

Mais la langue universelle n’a-t-elle jamais eu d’existence ailleurs que dans le récit biblique? Et peut-elle jamais être réalisée?

I- Langue et culture



A- Langue et langage (Saussure)

D’abord, on doit bien distinguer, afin de ne pas opérer de confusionnéfaste au traitement de notre sujet, la "langue" et le "langage". En effet, comme nous le dit bien Saussure, le langage n’est que la faculté propre à tout homme en tant qu’homme, de pouvoir parler, et de faire usage de la langue.

La langue, quant à elle, est définie comme "un ensemble de conventions nécessaires adoptées par le corps social pour permettre l’usage de la faculté du langage chez lesindividus". Dans cette définition, deux éléments sont importants : en effet, nous pouvons remarquer que, contrairement au langage, ce qui fait la différence spécifique de la langue, c’est qu’elle est conventionnelle, et aussi, sociale. La langue est un système d’expression et de communication, propre à un groupe humain déterminé.

Par là, on devine déjà que ce qui caractérise la langue seraquelque chose de culturel. Ce sont les membres d’une communauté donnée qui attribuent à un signifiant (image vocale ou acoustique) un signifié (image mentale ou concept). Ainsi, si un anglais, pour référer à ma "soeur", utilise le signifiant "sister", en français, ce sera "soeur".

Ce qui définit donc la langue, c’est, au-delà de sa conventionnalité, et donc, de son caractère arbitraire, ainsi queson caractère culturel et social, sa particularité. Alors que le langage est une capacité propre à tout homme en tant qu’homme, et à toute société, aussi primitive soit-elle (tout le monde parle), la langue, si évidemment elle est aussi, en ce sens, présente partout, est plutôt à penser comme une différenciation, ou une particularisation, de la faculté universelle qu’est le langage.



B- Lecaractère conventionnel et culturel de la langue est un obstacle à l’existence langue universelle (la critique du cratylisme et de l’idéal d’une langue naturelle, première expression de la langue universelle)

Il semble donc que la définition même du terme de "langue", nous invite à affirmer que la langue universelle s’avère être :

1) non seulement inexistante en fait, mais encore,

2)littéralement impossible à réaliser.

En effet,

1) Il est évident que la langue universelle n’a aucune existence de fait. Il semble que de tous temps les hommes ont existé en communautés séparées, et qu’ils n’ont pas utilisé les mêmes termes pour désigner les mêmes choses.

2) Mais surtout, le caractère culturel de la langue est ce qui semble faire obstacle à la réalisation d’un tel projet.En effet, si la langue est liée à une culture particulière, il semble bien qu’il soit impossible qu’il puisse exister une même langue pour tous, au sens où elle serait alors commune à tout homme. Peut-on ou pourra-t-on jamais, parler un jour la même langue? -Il semble plutôt qu’il y ait des frontières à jamais infranchissables dans ce domaine.

Ainsi, la thèse de Saussure signifie que la languen’est nullement une relation simple entre signifiant et signifié. Ou même, qu’elle n’est nullement assimilable à la relation naturelle entre le mot et la chose, contrairement à ce que soutenait Cratyle, dans le dialogue du même nom de PLATON. Ainsi, en 383a, Cratyle affirme-t-il que le nom n’est rien d’autre que la propriété naturelle de la chose. Ainsi, selon Cratyle, qui soutient une théorie...
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