Le negre de surinam

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  • Publié le : 27 mars 2011
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V) Voltaire, Candide (1759), chapitre XIX : L’esclave de Surinam

Candide et son valet Cacambo quittent l’Eldorado avec le projet de retrouver Cunégonde, alors que le roi du pays leur a fourni une caravane de cent moutons (càd des lamas), dont cinquante sont chargés d’or, de pierreries et de diamants. Mais, en faisant route vers Cayenne, ils perdent peu à peu leurs richesses et, au bout de centjours de marche, il ne leur reste plus que deux animaux ; ils conservent cependant leur rêve de bonheur, se voyant encore nantis de plus de trésors que n’en aura jamais le roi d’Espagne, et sont d’autant plus optimistes qu’ils parviennent enfin en vue de la capitale de la Guyane hollandaise (Paramaribo, à laquelle Voltaire donne le nom local du pays, Surinam, juste à l’ouest de la Guyanefrançaise, colonie néerlandaise depuis 1667, enrichie par la culture du café, du cacao et de la canne à sucre ainsi que par le commerce des bois exotiques). Cacambo se croit donc au bout de [leurs] peines et au commencement de [leur] félicité (phrase précédant juste l’extrait), lorsque, aux abords de la ville, ils aperçoivent un esclave noir dont l’état pitoyable les ramène brusquement à la réalité.
Letexte se compose de trois parties : 1) la conversation entre Candide et l’esclave 2) le discours de l’esclave 3) la révolte de Candide

1) le dialogue avec le noir
Le court tableau dressé par l’auteur au début de la rencontre jure de manière saisissante avec le bonheur attendu par Cacambo ; très sobre, il se concentre sur les détails les plus frappants :
* l’esclave est dans une attitude defaiblesse et d’indignité (étendu par terre)
* son indigence se remarque à sa tenue, que Voltaire s’arrange pour faire paraître aussi étrange que peu convenable (n’ayant plus que la moitié de son habit, càd d’un caleçon de toile bleue = pantalon court allant jusqu’aux genoux ou aux mollets ; noter la restriction)
* en fait, la suite montre que ce dénuement vestimentaire s’explique par une doublemutilation (il [lui] manquait la jambe gauche et la main droite)
Ce spectacle suscite donc immédiatement chez Candide une réaction émue, anticipée par le commentaire de l’auteur (ce pauvre homme, avec un adjectif à valeur à la fois matérielle et morale). L’apitoiement du protagoniste est marquée par une double interjection (Eh ! mon Dieu !), une question sur le sort de l’esclave (que fais-tu là ?),une apostrophe amicale (mon ami), et un jugement de valeur dépréciatif (dans l’état horrible où je te vois = qui suscite une impression violente par son caractère affreux). La réponse de l’esclave montre à la fois une soumission (J’attends mon maître, monsieur Vanderdendur) et une politesse (Oui, monsieur) auxquelles il est depuis longtemps contraint. Il révèle alors l’identité de son propriétaire,que Voltaire présente d’une manière ironique par une périphrase en apposition (le fameux négociant : il est aussi connu pour sa richesse que pour sa méchanceté) et par son nom même, Vanderdendur : nom-portrait indiquant à la fois la nationalité, le métier et le caractère du personnage (les deux premières syllabes reprennent la particule nobiliaire van der, qui peut aussi s’entendre comme unparonyme de « vendeur », et les deux dernières, rappelant l’expression « avoir la dent dure », signalent sa dureté en affaires, soulignée par l’allitération en dentale, ce que confirme la suite du chapitre : alors que Candide cherche à se rendre par bateau à Venise pour y retrouver Cunégonde, le négociant, qui est aussi armateur, lui extorque dix, puis vingt, puis trente mille piastres pour payer satraversée, et s’enfuit seul après avoir volé les deux derniers lamas chargés de richesses. Mais ce nom rappelle aussi celui d’un libraire de La Haye, Van Düren (souvent francisé en Vandure), avec lequel Voltaire avait eu querelle à plusieurs reprises : il assouvit donc ici une petite vengeance personnelle.

2) le discours du noir
Candide ayant demandé à l’esclave si c’est à ce maître qu’il...
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