Le niger

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  • Publié le : 31 mars 2011
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Depuis février 2007, la région d’Agadez, au nord du Niger, est le théâtre d’une véritable guérilla de basse intensité, qui oppose l’état central nigérien à une rébellion touareg qui a repris les armes. Un conflit d’abord quasiment inconnu en France, mais impliquant pourtant directement le géant français de l’uranium Areva. Sous fond de crise énergétique et de changement climatique, les touaregsmènent un combat unique, où se mêlent éléments de post-colonialisme, histoire millénaire et guérilla dans le désert.

(http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/niger_352/index.html )

La nouvelle rébellion : l’uranium en toile de fond

Les accords de paix n’allaient tenir qu’une douzaine d’année. En février 2007, un groupe jusqu’alors inconnu, le Mouvement des Nigériens pour laJustice (MNJ), mène plusieurs attaques d’envergures contre les forces armées. La reprise des affrontements surprend autant les observateurs internationaux que les autorités de Niamey, tant le MNJ – qui dispose d’un site web bien fourni et bien entendu partial – semble émerger de nulle part. A la tête du groupe, un certain Aghali Alambo, un ancien berger devenu homme d’affaire via une reconversionde le tourisme, qui notamment demande un « réel partage des richesses générées par l’exploitation de l’uranium et du pétrole (…) pour que cet argent serve en priorité à des projets de développement dans la région ».

Bien que crée par les touaregs, le MNJ brandit ainsi des revendications plus générales sur le Niger. Dans un pays où les scandales de corruption sont nombreux, le MNJ demande, enplus d’une plus grande autonomie régionale et de la reconnaissance des droits des touaregs, une véritable opération « main propres » au Niger. Surtout, le MNJ s’attache à certaines revendications précises – par exemple, la redistribution de 50% des retombées financières liées au commerce d’uranium aux populations locales (voir entre autres cet entretien avec le porte-parole du MNJ).

Car depuisles accords de 1997, l’exploitation de l’uranium au Niger a continué de manière exponentielle. L’augmentation des prix du barils du pétrole fait de l’exploitation de l’uranium un commerce encore plus prometteur, mais aussi plus coûteux. Un mois avant la nouvelle insurrection, l’état nigérien ne s’est pas privé de renouveler les contrats à prix d’or. La hausse de l’exploitation est souventcatastrophique pour les populations locales. Un groupe d’ONG révèle ainsi que les taux d’exposition à l’uranium des employés, presque exclusivement touaregs, dans les mines d’areva sont 40 fois supérieurs au maximum autorisé par l’OMS ; il n’y a quasiment pas de surveillance médicale des équipes ; l’exploitation contaminerait aussi l’eau utilisée dans les villages touaregs…

C’est en tout cas lesexploitations d’uranium qui sont prises pour cibles par le MNJ, en plus des positions de l’armée nigérienne. Le 21 avril, un site d’extraction détenu par Areva est attaqué par le MNJ. En juillet 2007, c’est un cadre chinois d’une entreprise de prospection qui est enlevé, puis relâché par les rebelles. D’autres entreprises étrangères sont attaquées : plusieurs véhicules de la société française Satam(infrastructures routières) sont volés, tandis que parallèlement, de nombreux affrontements entre armée régulière et MNJ se déroulent régulièrement depuis l’année dernière.

Areva au cœur du conflit

En juillet 2007, coup de théâtre : le directeur d’Areva au Niger, Dominique Pin, est expulsé par les autorités nigériennes, une décision qui ne manque pas de surprendre jusqu’au Quai d’Orsay. Ademi-mot, les autorités de Niamey accusent certes depuis quelques mois des « puissances étrangères » d’être intervenues dans le conflit touareg. Mais l’expulsion de Pin illustre les doutes grandissants de Niamey : et si Areva était en contact avec la rébellion touareg ? Un mois auparavant, l’ancien colonel français Gilles de Namur, chargé de la sécurité du groupe, avait lui-même été expulsé, soupçonné...
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