Le nrouge et le noir

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du 19 siècle à l’exploitation agricole multifonctionnelle du 21e siècle
Jean Pluvinage Jean-Luc Mayaud

De l’exploitation agricole e

La ruralité de la France du 19e siècle et la multifonctionnalité de l’agriculture en débat depuis la fin des années 1990 ont une parenté forte qui peut s’expliquer, à première vue, par l’inertie de structures qui ne changent que progressivement ; cependant ilfaut, de notre point de vue, aller bien au-delà des strictes évolutions mécaniques, et s’interroger sur les rapports entre la société et l’agriculture, qui déterminent largement les moteurs de sa dynamique, et les formes sociales de production. Malgré des différences majeures du poids économique de la production agricole relativement aux autres activités, entre la France rurale du 19e siècle et lapériode postindustrielle que nous vivons, il nous apparaît essentiel de comprendre que d’autres finalités que la production agricole ont toujours été attendues du monde agricole. C’est bien ce qui justifie, encore aujourd’hui, l’importance du débat autour de l’avenir de la politique agricole en Europe (Fischler, 2004). Bien que, de nos jours, on ait oublié en France le rôle d’autosubsistance etde sécurité alimentaire de l’exploitation agricole encore très présent jusqu’au milieu du 20e siècle, on ne peut ignorer cette fonction essentielle dans de nombreuses situations, y compris dans l’Union européenne actuelle (l,5 million d’exploitations agricoles polonaises sont dans cette situation), ou encore la quasi-totalité des exploitations agricoles albanaises après la redistribution des terresen 1990. Certes,

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Histoire et agronomie : entre ruptures et durée

il ne s’agit pas d’ignorer les conséquences de la multiplication par trois ou quatre de la production agricole entre 1950 et 2000, mais de comprendre que ce qui a été un enjeu majeur dans la période des « trente glorieuses » ne doit pas occulter l’importance d’autres fonctions de cette activité, revendiquées parfoispar les agriculteurs, et souhaitées par la majeure partie de la société, même si cette aspiration peut être ambiguë dans ses formulations. On attend encore aujourd’hui que l’agriculture participe très largement au maintien d’un cadre local de plus en plus recherché (Hervieu et Viard, 1996) par les populations urbaines, d’abord comme espace récréatif, et de plus en plus comme espace résidentiel.Contrairement aux prévisions pessimistes d’il y a une vingtaine d’années, le ratio population rurale/population urbaine se stabilise et génère une nouvelle classification des espaces (phénomène que l’on qualifie parfois de problématique de la « rurbanité »). L’activité agricole dans ses aspects que l’on pourrait qualifier de « traditionnels » (les haies dans le bocage, ou les terrasses des collineset montagnes méditerranéennes) apparaît ainsi comme le garant d’une structuration identitaire de l’espace qui va bien au-delà d’un sous-produit de l’activité agricole. Dans une première partie, nous serons donc amenés à montrer comment on est passé de l’exploitation rurale triomphante (Mayaud, 1999) à l’exploitation agricole à deux travailleurs1 qui a tant marqué la « modernisation » del’agriculture de l’après-guerre (Lamarche, 1991-1994). Puis, dans un second temps, nous verrons que les faiblesses de cette vision trop exclusive de l’agriculture sont apparues à partir du moment où l’on s’est rendu compte que l’efficacité de ce modèle productif ne concernait qu’une partie des agriculteurs et que surtout il était d’un coût de plus en plus élevé pour les dépenses publiques nationales oueuropéennes. Enfin, au cours de ces dernières années, l’obligation de reconsidérer complètement les conséquences du soutien de l’agriculture2 dans le cadre d’un élargissement des échanges, conduit forcément à revenir sur le modèle de base

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Les Lois d’orientation agricole de 1960 et 1962.

L’accord de juin 2003 à Luxembourg, marque un point d’inflexion irréversible dans le découplage (par...
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