Le parfum

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  • Publié le : 7 avril 2010
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Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et le plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C'estson histoire qu'il s'agit de raconter ici. Il s'appelait Jean Baptiste Grenouille et si son nom, à la différence de ceux d'autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Fouché,Bonaparte, etc., est aujourd'hui tombé dans l'oubli, ce n'est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d'orgueil, moins ennemi de l'humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces malfaisantsplus illustres, mais c'est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l'histoire: au royaume évanescent des odeurs.
A l'époque dont nous parlons,il régnait dans les villes une puanteurs à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisiet la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton; les pièces d'habitation mal aérés puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, lescourtepointes moites et le remugle âcre des pots de cambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sangcaillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés; leur bouche puaient les dents gatées, leur estomacs puaient le jus d'oignons, et leurs corps, dès qu'ils n'étaient plus tout jeunes, puaient levieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans le palais. Le paysan puait comme le prêtre,le compagnon tout comme l'épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu'en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme...
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