Le petit prince

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  • Publié le : 11 janvier 2010
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Entre l’éclair et le déracinement

Assis seul sur le flanc d’un volcan inaccessible vit un petit prince mélancolique. Ses cheveux couleur d’or flottent au vent de la nécessité. Il est un objet éloigné cherchant à dévoiler mon existence. S’il éclaire mon visage, c’est que je suis devenu un voyeur en quête de lumière. Voilà une dure épreuve qui creuse l’angoisse du promeneur lorsque le plaisirquitte la brise du funambule pour venir caresser sa rêverie.

Vous savez, ce mystérieux petit prince n’a pas cette méprise du cœur que j’ai observé chez les hommes au cours de mes nombreux voyages. Son corps est habillé d’étoiles et de roses. Il est un temple fragile enflammé par des grains de larmes oubliées. Je ressens sa présence à la fois timide et secrète. Dans sa forteresse singulière, n’ya-t-il pas un phare pour explorateurs imprudents ?

Penché sur le bord du monde, je m’amuse à jongler avec mes propres égarements. Suis-je ce pêcheur qui espère tailler des blocs de lumière dans cette montagne liquide et obscure qui m’écrase ? Suis-je infidèle à mes absences sur ce chemin qui me déroute ?

Cette porte qui s’ouvre brise l’ardeur de mon souffle. Plus je m’éloigne et plus ce petitprince semble m’apprivoiser. Il est cet arbre enraciné au plus profond de la douleur des autres. Il est un rêve d’enfance perdu dans cette aveuglante dérision de l’adulte. Et s’il n’était que la vision solitaire de mes égarements, son regard signerait la triste malédiction de mon existence.

Sur mon bateau qui souille depuis six longues années les vagues émoussées de la mer, je me sens troublé.Alors pour me soulager du tangage et de ce roulis incessant, je prends un fruit. Il est de couleur chair et orange. Bientôt je ressens les privations de la pesanteur et la chute de ma colère. Dans cet état euphorique, il me semble voir des chevaux géants courir dans la glaise rouge. Le bruit de leurs pas résonne lourdement sur mes certitudes.

Dans mon songe, il y a une corde qui sommeille.Malgré le terrible visage qui l’épie, elle demeure silencieuse. Est-elle triste ou bien révoltée par toutes ses absurdités qui martèlent son destin ? Peu après son réveil, un bruit de chute... Des cris inutiles et puis la mort ouvre les yeux. Fatalité, vous me direz, mais cette corde n’est que l’ombre agitée de toutes nos peurs.

Près d’un rocher où vit retranché ce petit prince, des colombesdociles tracent avec leurs ombres un sentier de lumière pour aviateurs en panne d’imagination. Et sur le sol sablonneux gravé gauchement par une main d’ange, il est écrit : « L’homme n’est pas seul dans l’univers. La vérité n’est pas de ce monde. Elle n’est qu’une singulière aventure. » Dans la nature, la ligne la plus directe entre deux points serait celle du cœur ! Ne voyageons-nous indifférents à larichesse de cette immortalité ? Sur ces chemins où l’apparence n’est que le symbole de cette distance qui nous sépare des choses et de nous-mêmes, nous sommes bercés par des bras de verre sous un ciel étoilé. Tant d’énigmes à décoder avant de dormir ou de se briser...

Soudain, un sentiment de perte brise ma solitude. Qu’il est étrange de partir si loin afin d'atténuer sa chute dans lestourbillons du péché ! Ce petit prince a des comportements bien mystérieux. En effet, à chaque coucher du soleil, il disparaît comme effacé par une main invisible. Au matin, comme sorti de nulle part, il réapparaît, et on peut le voir jouer avec de grands moutons blancs poussés par des vagues éternelles. Très souvent, il s’amuse distraitement dans un jardin où il semble parler à des êtres irréels. Pourmoi, sa seule présence berce bien souvent le sommeil de mes errances. Il est un ami que j’aime.

Mon bateau est fait de bois et de malheur. Ses mâts fantomatiques s’élèvent jusqu’aux confins des nuages. Là, couchées dans des fonds marins souvent inaccessibles, reposent des épaves frappées par la foudre ou la guerre. Dans ces sépultures pour marins ou pilotes disparus, d’étranges lucioles...
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